Wim Wenders et Yojhi Yamamoto (1)

Jan 8, 2018 by

Dans ce texte écrit par Wim Wenders et extrait de Yamamoto et Yohji ( 2014), nous avons un exemple de collaboration remarquable du couturier et du cinéaste. Après s’être rencontré pour un projet porté par le Centre Pompidou et qui débouche sur un documentaire, W.Wenders écrit dès 1991 Jusqu’au bout du monde qui ne sera tourné qu’en 1999. Télérama explique à propos de ce film, le côté visionnaire de l’usage de l’informatique.

Si Jusqu’au bout du monde, vingt-cinq ans après sa sortie, apparaît visionnaire, c’est davantage par ses « inventions » informatiques imaginées au crépuscule d’une décennie où l’ordinateur personnel et les jeux vidéo étaient déjà entrés dans les mœurs. Claire Tourneur (Solveig Dommartin) voyage avec une préfiguration du GPS dans sa voiture, communique avec son ex grâce à un logiciel pré-Skype… Wenders imaginait une planète sous surveillance, où tout individu peut être « tracé » en temps réel, à quelque endroit du globe, via ses achats par carte bancaire. Il anticipait aussi l’omniprésence des écrans dans nos vies, et trente ans avant la naissance d’Instagram, notre dépendance sans cesse croissante aux images.

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L’intrigue du film tourne autour d’une caméra révolutionnaire — qui ressemble beaucoup à nos actuels casques de réalité virtuelle… Ses images, transformées en ondes cérébrales grâce à l’informatique, pourraient être « vues » par des aveugles. Une hypothèse validée depuis, avec quelques variantes, par la recherche scientifique… Et une belle utopie dont le film souligne aussi la dimension cauchemardesque : si l’ordinateur peut renverser le processus, autrement dit transformer les ondes cérébrales en images, il pourrait rendre visible notre inconscient — « un acte corrupteur, profondément amoral ou narcissique », dénonçait Wenders dès 1991

critique-jusqu-au-bout-du-monde-wenders9 Comment voyait-on le 21e siècle il y a presque 20 ans ? Quels processus ? Nous verrons que les années 80 ont une influence considérable avec des épaules très carrées, des matériaux métalliques et des influences diverses posées par les films futuristes à succès comme Mad Max.  Dans cet extrait, une leçon de collaboration avec ses contraintes et la confiance qu’impose ce genre de collaboration lorsque l’un et l’autre sont à des milliers de km  mais que finalement, cela importe peu.critique-jusqu-au-bout-du-monde-wenders35

Yohji devait créer les costumes de mes acteurs principaux. C’était un film de science fiction tourné en 1990 censé se dérouler dans un avenir proche en l’an 2000. Les personnages ne pouvaient pas porter n’importe quels vêtements. Le costumier devait se transporter dans l’avenir comme tous les autres, en particulier le chef opérateur, , le décorateur et tous les autres. J’ai envoyé le scénario à Yohji et lui ai décrit les personnages et leur bio. Et quand la distribution a été au complet, nous avons envoyé les mesures des comédiens à Tokyo. Et pendant un long moment nous n’avons rien vu venir.

Le 1er jour de tournage approchait et , chaque jour davantage et j’ai commencé à m’inquiéter vraiment. Nous avait-il oubliés ? Quels costumes allaient porter les acteurs ? Et puis au dernier moment, d’énormes caisses sont arrivées de la douane. Quand nous avons enfin pu les réceptionner et les ouvrir à Venise où nos travaux de tournage commençaient, ce fut comme noël.

Les acteurs ont revêtu leurs costumes et sont aussitôt devenus les personnages que je m’étais imaginés […]

La suite prochainement.

Pour citer cet article

Wenders et Yamamoto: une collaboration/ CERPCOS, S.Perault/012018./

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