Terukkuttu au théâtre du Soleil

Déc 8, 2019 by

Mahabharatha, et  Terukkuttu  :

Des codes, des gestes et des costumes au Théâtre du Soleil

Le petit Mahabarhatha que propose le Théâtre du Soleil est stupéfiant pour les spectateurs occidentaux que nous sommes : la troupe, comme le veut son usage, s’est totalement imprégnée des codes, de la danse, des postures et de la langue appris à Pondichéry lors du voyage de travail qui a emmené toute la troupe au début de l’année 2016. Ils ont pu monter la nouvelle création collective Une chambre en Inde et proposent également des extraits du Mahabharatha par l’intermédiaire du  .

Ariane Mnouchkine explique ce dont il s’agit : C’est un théâtre traditionnel Tamoul très ancien plus généralement joué par et pour les basses castes. Un cousin du Kathakali, né dans l’Etat du Tamil Nadu, qui se situe à l’extrême Sud de l’Inde. Alors que le Kathakali a gagné ses lettres de noblesse, le  Terukkuttu  est demeuré un théâtre très populaire, qui se joue dans les villages depuis la tombée de nuit jusqu’au petit matin. J’ai été frappée par la liberté et la vitalité puissante de cette forme, qui raconte principalement des histoires issues des épopées du Mahabharatha et du Ramayana. Dans le spectacle, le  Terukkuttu  apparaît dans toute sa vigueur et sa splendeur. Il joue ainsi un rôle très important en tant qu’exemple de la force même du théâtre, et s’affirme comme une sorte de rappel à l’ordre des lois fondamentales et ancestrales du théâtre, qui se moque de nos ondulations et nos ondoyances. Bien sûr, en 2016, tout ne peut pas être résolu par une représentation de Terukkuttu  . Mais ce théâtre est comme une pierre de gué pour traverser un fleuve qui déborde   [1]

Ariane Mnouchkine, la troupe du Soleil et maître Sambandan

Ariane Mnouchkine, la troupe du Soleil                      et maître Sambandan, photo S.Perault

Si le théâtre indien et extrêmement codifié et parsemé de symboles, il en est de même pour les costumes. Dans ce cadre,  pas de recherches comme à l’accoutumé mais de créations en lien avec les usages.  Nous pouvons donc nous demander comment réaliser ses costumes lorsque est  à priori non initiée aux techniques spécifiques requises ? C’est le défi qu’a dû relever Marie Hélène Bouvet en charge de l’atelier de la compagnie, assistée  de l’équipe costume.

Le Théâtre du Soleil  a pour usage de proposer et  transposer les grandes pièces de théâtre occidental dans des  esthétiques d’Ailleurs. Si la mise en scène,  le jeu des comédiens et l’environnement sonore nous semblent une prouesse qui s’ajoute à celle d’être sur un plateau, on oublie souvent de parler des réalisations exceptionnelles  fabriquées par la Couture. C’est le nom de l’atelier costumes du Soleil.  Pendant un terrain qui concernait la création d’une Chambre en Inde,  Marie Hélène Bouvet, responsable de l’atelier commença à travailler avec de la paille,  ce Soleil 1qui reste étonnant même si une grande diversité de matériaux sont utilisés pour la réalisation de costumes de scène en général et au Théâtre du Soleil en particulier.  Quels gestes et quelle technique pour parvenir à maîtriser des matériaux non usuels ?  Voici ses propos où elle utilise de façon naturelle le « on » propre à la désignation du travail collectif :

En général, on regarde dans les livres, des vidéos. On parle avec Ariane   [2], avec les acteurs, c’est énormément d’échanges. On propose, on ne fait jamais exactement pareil et on s’adapte aux besoins du spectacle. On essaie de rapprocher le plus possible de la réalité…On en a les moyens. Par exemple on fait venir la paille d’Inde  [3]. Les matériaux essentiels viennent toujours du pays dont il est question. Dans le costume de  Terukkuttu  certains éléments sont très justes mais pas tout. 

En principe, on connait le thème du spectacle (s’il y a un voyage, la couture fait entièrement partie du déplacement et des expériences afin de s’imprégner d’un état d’esprit, d’une ambiance et des connaissances propres à la culture du pays.) Ensuite, on demande au comédien ce qu’il fait et il y a des bouquins pour se faire des idées…Et puis après on cherche, chacun cherche. Les répétitions et la fabrication sont simultanées. Alors on propose… Parfois le metteur en scène sait ce qu’il veut, d’autre non. C’est partout pareil, on fait des propositions.  Lorsque c’est un spectacle en costumes contemporains, on leur met des costumes à disposition pendant les répétitions et ils essaient des choses. Lorsque ce n’est pas la taille ou la bonne couleur, on s’adapte plus tard, ce n’est jamais pareil de toute façon.  Lorsque nous n’avons pas le temps à l’atelier nous leur demandons de regarder, de chercher. Il faut que cela aille avec leur personnalité de toute façon, qu’ils se sentent bien dans leur costume.

Marie Hélène Bouvet termine le costume de Terukkuttu   pendant l’échange.

préparation de la ceinture. © S. Perault

préparation de la ceinture. © S. Perault

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Voilà, c’est fait. Demain matin je lui essaie. C’est un maître et c’est lui qui a montré comment faire les costumes. Maintenant je lui propose des choses complètement différentes… (Elle rit) Il veut bien changer tout sauf sa coiffe. Il a amené la sienne. Je vais fixer la jupe en tissu sur la base en paille comme ça on ne fait qu’une opération et on gagne du temps en coulisse : la paille et la jupe tiennent ensemble. Normalement c’est différent, la paille fait 3 mètres de long et tourne  autour du corps du comédien. Ce n’est pas du tout pareil ;

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On eut pu croire que proposer un spectacle aussi codifié qu’un « petit Mahabharatha » aurait posé  des  contraintes supplémentaires pour la fabrication des costumes. Cependant, Il semble que la seule question des matériaux  – qui sortent de l’ordinaire – ait été le seul élément problématique à résoudre. Rapidement éludé avec le soutien de maître P.K. Sambandan. La possible difficulté reste un atout majeur car elle ouvre les portes de la curiosité et de la recherche «  c’est ça qui est bien » conclut Marie Hélène qui ne s’est jamais lassée de son travail au sein de la troupe.

Sylvie Perault

Pour citer cet article www.cerpcos.com  Terukkuttu , théâtre du Soleil, Perault. S 12/20019. L’usage  des photos en dehors du Théâtre du Soleil est soumis à conditions.

[1] Extrait d’interview journal La terrasse 30/08 /2016

[2] Ariane Mnouchkine, membre fondateur principal du théâtre du Soleil et metteur en scène.

[3] Evidemment rien à voir avec la paille que nous avons en France.

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