Textes fondateurs : thêatre

Yannis Kokkos : Le costume : synthèse entre le code de représentation et la liberté du personnage et de l’acteur

 Yannis Kokkos, décorateur, scénographe et metteur en scène, collaborateur d'Antoine Vitez, Jacques Lassalle et d'autres encore, possède grâce à ses talents multiples un regard particulier sur le costume de scène. Il exprimait déjà son point de vue en 1989 dans le scénographe et le héron. En voici un extrait.
                                                                 
Quel costume pour quel acteur ?


" Toute personne qui se trouve sur un plateau, donc en situation d'être regardée, par l'utilisation de la parole, du geste, fait que son vêtement devient, par ce simple fait, théâtral. Quand, au théâtre, on utilise des costumes empruntés à la vie, si le traitement du personnage n'est pas suffisamment décalé, le costume n'a aucun sens. "

J.L Barrault : Exprimer le personnage au théâtre.
Lors de la parution du livre de G.Baisse et de J.Robin " Maquillages et perruques au théâtre" ( édition de la Librairie théâtrale, 1954.) Jean Louis Barrault accepta d'en rédiger la préface. Il donne ici son point de vue sur l'importance du maquillage et du costume pour les rôles quels qu'ils soient. Aussi choisit -il volontairement de donner l'exemple de silhouettes qu'il eut à faire dans des mises en scène de Dullin afin de démontrer que la question du personnage se pose quel que soit l'importance du rôle.

A propos de la réforme du costume de scène.
Ce n'est que tardivement que le costume de scène commença à avoir une adéquation entre le rôle joué et le costume porté.
Dans cet extrait de L'art de l'acteur écrit par André Cochut et paru dans la Revue des Deux Mondes en 1844, l'auteur donne de précieux renseignements qui permettent au lecteur actuel de se rappeler les conditions de la représentation. Ainsi nous pouvons faire le lien avec des usages parfois encore en cours mais déconnectés des contraintes passées : ainsi en est -il de l'usage du fard blanc lors des tragédies qui permettait au spectateur de mieux distinguer les expressions du visage des comédiens car la lumière des chandelles s'y reflétait davantage...

Emile Zola : La scène n’est pas une vitrine ni les comédiens des gravures de mode…
Nous avions vu avec Bertolt Brecht qu' "au théâtre la pauvreté aussi doit être belle."
Cet aspect des choses avait déjà été émis par Zola en 1881 alors que son roman l'Assommoir devait être adapté au théâtre. Il décrète alors que "La scène n’est pas une vitrine ni les comédiens des gravures de mode… Il faut savoir être « mal mis et superbement habillé » En réponse à des spectateurs aisés, frileux de voir en scène des personnages mal habillés évocateurs de pauvreté.

On me répète une appréciation singulière. Les femmes élégantes, les simples bourgeoises elles-mêmes diraient : « Oh ! Impossible d’aller voir L’Assommoir, les personnages sont trop mal habillés ! » Voilà un joli jugement, et qui soulève une bien grosse question, celle du costume au théâtre. On me permettra de la traiter. L’auteur du roman et les auteurs du drame ne sont d’ailleurs pas en jeu. Il s’agit de faire rendre justice aux artistes de l’Ambigu, ces artistes « trop mal habillés », qui ont fait preuve, dans la composition graduée de leurs costumes, du plus grand art.

Roland Barthes, Les maladies du costume de théâtre.
Dans ces extraits, essentiels pour ceux qui s'intéressent de près ou de loin au costume de scène, se trouvent les fondements de l'acte créatif pour ce dernier et les grands principes de la réception des spectateurs.
Où l'on comprend que le costume de scène et ses accessoires n'est jamais un simple falbala à usage décoratif
Un texte trop souvent oublié que chaque futur costumier devrait avoir lu.
Cliquez sur ce résumé pour y accéder.
Le document intégral est disponible aux éditions du Seuil in Essais critiques.

Bertolt Brecht : Petit organon pour le théâtre.

Ce texte, paru en 1955 dans le revue bimestrielle Théâtre populaire sous le titre Petit organon pour le théâtre, relate une discussion entre l’homme de théâtre Bertolt Brecht et M. Winds alors directeur du théâtre de Wuppertal (Berlin est). Le propos est celui de la fabrication des costumes de la Mère dans Mère Courage. Le lecteur découvre le problème que pose la distance sue scène : le créateur de costume doit en tenir compte afin que le costume garde son sens. On découvre les recherches de Brecht afin que la distance qui lui était chère au sens propre et au sens figuré existe. En effet, le Verfremdung ou distanciation est le concept fondateur du travail de Brecht Elle consiste à présenter un personnage, un objet ou une situation et à les rendre étranges afin que le spectateur prenne ses distances avec ce qui lui est montré. L’objectif est de provoquer la prise de conscience et d’insister sur l’aspect construit de ce qui est présenté. Ce texte nous interpelle doublement, d’abord parce qu’il concerne les activités en amont de la création, ensuite parce qu’il montre combien la création, l’invention d’un costume de scène relève d’un cheminement complexe parce que «Au théâtre la pauvreté aussi, doit être belle. » Brecht

S.Perault pour le CERPCOS.