Rencontre avec Patrice CAUCHETIER

Sep 4, 2016 by

Rencontre avec Patrice Cauchetier, créateur de costumes de scène

    Par Marie Chapron

Patrice Cauchetier débute sa carrière à la fin des années 1960 comme assistant de Jacques Schmidt sur les spectacles de Patrice Chéreau. Il travaille ensuite comme créateur costumier pour le théâtre et l’opéra.  Aujourd’hui il a près de 200 spectacles à son actif et dans ce cadre il est un des créateurs phare de notre monde contemporain

Au théâtre, il collabore depuis de nombreuses années, pour des pièces classiques que contemporaines, avec Jean-Pierre Vincent  pour L’École des femmes de Molière à l’Odéon), Alain Françon (La Cerisaie, de Anton Tchekhov), Jean-Marie Villégier et, plus récemment, Yves Beaunesne (Le Canard sauvage d’Henrik Ibsen). Patrice Cauchetier a également travaillé avec Jacques Lassalle, Joël Jouanneau, François Berreur, Pierre Strosser, Christian Colin, Denis Marleau, Marcel Bozonnet, Alain Milianti, etc.

La totalité de sa carrière est récapitulée par  les archives du spectacle  http://www.lesarchivesduspectacle.net/?IDX_Personne=273               main cauchetier

Marie Chapron l’a rencontré et filmé dans le cadre du cours de Sylvie Perault à la Sorbonne Nouvelle et nous fait part de son expérience.

 » Patrice Cauchetier appartient aux costumiers  qui commencent par  créer du bout de son crayon. Bien  qu’il brandisse sur son bureau un ordinateur Mac, il réfute la technologie au sein de sa création de costume. Croquis, ébauches, bout de tissus, matières, couleurs, tout est dessiné, collé, recherché, mis sur papier. Et surtout, la totalité de  son travail  depuis ses débuts, est gardée précieusement, conservée dans des dossiers, en mémoire des spectacles passés, aux costumes créés, qui, durant quelques temps, à une époque, ont pris vie.

Comment Patrice Cauchetier arrive-t-il à garder une méthode « traditionnelle » tout en étant obligé de suivre les changements du costume de scène, notamment à travers de nouveaux savoir-faire, les variations constantes de la mode, l’image du corps ?

C’est dans son salon, sous l’œil d’un des premiers chevaux en bois des carrousels parisiens, qu’il nous accueille vêtu d’un pantalon et d’un col roulé noir, il nous fait rentrer dans sa caverne littéraire où des statuettes, marionnettes, maquettes, livres viennent remplir la pièce et où toute une palette artistique s’expose. Souriant, à la fois fragile et vif, drôle et émouvant, le costumier  se livre avec naturel et sympathie. La fée Urgèle

Humble, discret sur ses réussites, il est important de souligner qu’il a été nominé plus d’une fois au Molière du meilleur créateur costume. En 1990, il obtient la récompense avec La mère coupable ou l’autre tartuffe de Beaumarchais. Mais à aucun moment, durant la rencontre, il y fera allusion. Et nous même – petites face à ce monsieur pour qui nous avons du respect -avons fini par oublier ce détail.

Durant cette rencontre, Patrice Cauchetier nous parle de ses débuts, de sa grande relation artistique avec le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, de sa relation à la mode, de la reconstitution même du costume et de la problématique de la re-contextualisation, de l’adaptation d’un costume d’époque sur la scène théâtrale d’aujourd’hui. Comment tricher ? Comment faire un costume crédible ? Comment se faire entendre au près du metteur en scène et réussir à imposer son art, tout restant conscient que ce premier a le dernier mot sur le costume ?

C’est avec détermination qui nous raconte ses premiers pas dans le monde du spectacle. Un jour, avec un copain d’école, ils décident d’aller découvrir le poulailler du théâtre de La Comédie Française. A partir de là, le monde du théâtre s’ouvre telle une révélation pour le futur costumier. Il est submergé par les costumes et les décors.                     Sa vocation va naître via la Comédie française, un soir où un ticket de théâtre était financièrement abordable pour deux garçons de dix-sept ans.

Dès le début de l’entretien, Patrice Cauchetier expose son parti pris, son savoir-faire. Autrement dit, il refuse la disharmonie d’un costume. Il donnera comme exemple l’idée d’une robe d’époque avec des baskets. On peut faire un étroit lien, par exemple, avec les pièces flamandes du moment où les baskets sont très souvent présentes. En effet, dans Orlando, nouvelle mise en scène de Guy Cassiers, sur scène, la comédienne porte une robe d’époque, avec de grosses baskets de sports blanches. Jusqu’où va la limite ? Jusqu’où le décalage peut-il être affirmé ? Chez Patrice Cauchetier, tous les décalages sont justifiés. Tout, chez lui, et pour lui, doit être justifié. Si on désir de transposer un costume d’époque sur la scène théâtrale, au vingt et unième siècle, il doit être crédible.

Chez Patrice Cauchetier

Chez Patrice Cauchetier

Au théâtre, il n’y a pas de corps, pas de physique « approprié ». Peu importe la proportion du corps, le physique du comédien, tout est matière à être modelé pour accueillir un personnage. C’est rassurant pour une étudiante en théâtre, d’entendre ces propos. On finit par l’oublier, tellement nous sommes, de nos jours, et dans le monde du théâtre même, inséré dans des cases, jugé dès le premier instant, par notre physique, notre présence.

Alors peu importe le physique, Patrice Cauchetier défend l’idée d’un corps qui ne sort pas des magazines de mode. Il le dira lui-même lors de l’entretien  Il faut des rondeurs, de la matière, de la chair.  Patrice Cauchetier n’a jamais eu d’expérience de comédien. Il a seulement fait une lecture ouverte, où, dit-il « je faisais tous les bruitages de la pièce. » Mais, en soi, il n’a jamais vécu le costume de l’intérieur, en tant que comédien-personnage. Il a toujours été le médiateur entre le comédien et le costume, passeur d’un flambeau pour faire vivre le tissu.

Il nous a dévoilé ses archives. Dessins, croquis, la table s’est recouverte de couleurs, d’esquisses,  de silhouettes aussi belles les unes que les autres. De 1970 à aujourd’hui, les dossiers recouvrent toute une partie d’un mur de bibliothèque, mémoire d’une vie où les pièces se sont enchainées, où les metteurs en scène Jean-Pierre Vincent, Joël Jouanneau ou Alain Françon l’ont sollicité.

Maquette pour les Parques " Hyppolite et Arycie" les Arts Florissants

Maquette pour les Parques  Hippolyte et Arycie les Arts Florissants

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Pour ma part, j’ai vu deux spectacles où Patrice Cauchetier était costumier. L’année dernière, Iphis et Iante, mis en scène par Jean-Pierre Vincent, au TGP, puis Le Canard Sauvage au centre dramatique

Exposition Baroquissimo CNCS Moulins

régional de Tours, durant mes années lycée. Le plus difficile de cet entretien reste l’impossibilité à véritablement communiquer avec Patrice Cauchetier. Pour une question technique, il était impossible de faire des remarques, interagir avec lui, avoir un vrai échange. Il s’avère qu’à certains moments de la vidéo, il m’était impossible de rester muette face à Patrice Cauchetier.  Ce travail universitaire s’est transformé en véritable échange humain. Costumes, théâtre, découverte d’un univers personnel enrichissant, Patrice Cauchetier a raconté, au fil de ses pensées et souvenirs, une vie de costumier enrichie et vive. La rencontre a duré plusieurs  heures, et je ne peux en offrir que vingt minutes en vidéo. Il m’est également compliqué, voire impossible de tout rapporter par écrit. C’était une véritable profusion  de pensées, de références, de souvenirs de spectacles. Cette rencontre avec un homme modeste malgré son incroyable parcours et pour qui j’ai un respect considérable face à son travail,  sa vie personnelle reste un véritable moment d’humanité. Comme marqué par les périodes de sa vie, il reste un homme où le vécu personnel et artistique se reflète sur son visage et ses mains.  En sortant de son appartement, j’ai eu un sourire naïf, sourire d’une enfant qui avait écouté une histoire pendant trois heures, et qui croyait en la beauté d’un monde humble,  modeste mais magnifique. « 

 

Pour citer cet article, Chapron Marie, « Premières Recherches » 2014  Rencontre avec Patrice Cauchetier, CERPCOS dos-2016.

 

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