Mireille Darc, sa robe mythique et la création au cinéma

Sep 13, 2017 by

Lorsque Mireille Darc a disparu il y a peu, la majorité des articles qui lui ont été consacré ont essentiellement parlé de sa robe noire inoubliable dans « Le grand blond… » Ce qui est bien triste, car la belle Mireille que j’adore (et je n’étais sans doute pas la seule car c’est mon deuxième prénom et elle a un beau visage aux traits « exotiques » mais  ça c’est une autre histoire…) ne peut être réduite uniquement – on le sait – à ce costume de cinéma. Il fallait cependant que notre groupe de recherches lui rende hommage et c’est l’occasion de souligner une fois de plus combien le costume sur scène ou au cinéma est porteur de sens.

Cependant force est de constater que quelques erreurs fondamentales sont évoquées ou suggérées, car lorsqu’une scène devient mythique, le discours qui l‘accompagne prend la même tournure.

« Une chute de reins légendaire. En ce mois de décembre 1972, le public français, découvre, en même temps qu’un Pierre Richard subjugué à l’écran, la robe dos nu à l’échancrure provocante de Mireille Darc dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. Trente-cinq ans plus tard, c’est l’image qui revient encore à l’esprit de nombreux spectateurs et téléspectateurs lorsqu’on évoque l’actrice française […] »

Mireille Darc explique qu’elle avait, elle-même, pris l’initiative de porter cette tunique devenue mythique. « Je n’avais que huit jours de tournage. Ce n’est pas beaucoup. Je me dis alors comment on va pouvoir se souvenir du moi ? Il fallait que je me trouve quelque chose de formidable. Et il n’y avait pas vraiment de costumières à cette époque-là… »                                                                                             Oups ! mais Mireille ! Comment as-tu pu affirmer une chose pareille ?!!! C’est le discours officiel destiné aux spectateurs et aux amateurs pour prolonger l’incroyable. Alors faisons notre travail et rattrapons le coup, glissons nous dans les coulisses.

Stairway to heaven ?

Stairway to heaven ?

Il est essentiel de rappeler les points incontournables d’une production.  Un tournage ne s’improvise pas étant donné le coup financier de la moindre minute, en particulier à cette époque où la pellicule était reine. Il fallait ensuite la développer avant de la monter…Une scène spécifique se fignole car elle implique un grand nombre de savoir-faire : décors, lumière, costume… ces différents éléments sont à compter en sus de la présence des techniciens lors de la prise de vues. Elles se préparent bien en amont et pas juste un ou deux jours avant le tournage. Les comédiennes sont souvent exigeantes et je n’utiliserais pas les qualificatifs entendus dans la bouche de certaines de mes créatrices favorites. Mais forts rares sont celles qui peuvent imposer leur couturier, ami ou pas, car le projet cinématographique nécessite un équilibre afin de tourner vite et bien, ce n’est pas un laboratoire de recherches.

Rencontre de Perrin avec Christine

Rencontre de Perrin avec Christine

Ce sont les rôles et le décor qui vont prouver qu’il y a probablement eu une réflexion préparatoire ; François Perrin, « violoniste étourdi  » passe pour un espion de grande envergure, Christine «  agent féminin » doit le séduire pour le faire parler sur l’oreiller. Et c’est là que se déroule la scène qui a fait tant parler de l’actrice.

Le décor insiste sur les instruments de musique, les instruments à cordes dans un sympathique aller-retour avec le métier véritable du grand blond. L’image extraite du film  insiste sur l’importance de l’instrument à cordes, anticipation muette de ce qu’il voit et que le spectateur voit en même temps que lui…

Perrin estomaqué par le côté pile de la jeune femme.

Perrin estomaqué par le côté pile de la jeune femme.

 Or,  ceux qui ont un peu d’intérêt pour les mouvements littéraires et leur influence se rappellent probablement de Man Ray et du mouvement surréaliste  ainsi que de la magnifique photo intitulée le Violon d’Ingres :

Kiki de Montparnasse est le violon d'Ingres de Man Ray

Kiki de Montparnasse est le violon d’Ingres de Man Ray

on y trouve l’idée maîtresse  de la robe de Mireille Darc, un peu plus habillée que Kiki de Montparnasse, mais qui fait le même effet car à l’une comme à l’autre, le dos jusqu’au « sourire » est visible.

Il est maintenant plus facile de comprendre que la belle Mireille qui souhaitait être remarquée a bien fait les choses mais en obéissant au scénario et probablement à ce qui avait été prévu.

Le dos de l'actrice

Le dos de l’actrice

Des rappels d’instruments renforcent et jalonnent le parcours visuel du musicien, lequel n’a d’yeux que pour la chute de rein… Alors même si c’est un grand couturier qui a fait la robe, ce n’est pas une improvisation loin de là, la bonne idée est de jouer sur le côté face strict et fermé jusqu’au cou tandis que le pile crée la surprise tant il contraste  avec le point de vue précédent. N’oublions pas que dans les années 1970, le regard s’affranchissait à peine et si nous trouvons cette vision érotique, d’aucuns la trouvait, à l’époque, pornographique… Autres temps, autres mœurs et la robe est  entrée avec son interprète dans l’histoire du cinéma français. Et la costumière alors ? Pas de chance, on ne cite que Guy Laroche pour l’actrice et Théo Meurisse pour les décors. Pourtant contrairement à ce qui a été dit, les costumes designers existaient bel et bien mais quel que soit leur notoriété, ils n’étaient peu ou pas cités, ce fut le cas par exemple de Jacqueline Moreau pour les Demoiselles de Rochefort qui n’est même pas sur l’affiche…

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