Marie Antoinette, métamorphose d’une icône

Oct 25, 2019 by

A l’occasion de l’exposition  organisée par Antoine De Baecque MARIE-ANTOINETTE, MÉTAMORPHOSES DUNE IMAGE qui a lieu du  16 OCTOBRE 2019  au  26 JANVIER 2020 à la conciergerie de Paris , lieu où elle fut emprisonnée, nous vous proposons de revenir sur le travail de Christian Gasc et son équipe lors de la création des Adieux à la Reine film pour lequel il reçut un nouveau César.Si vous allez voir cette exposition, vous y trouverez  200 œuvres, objets d’art et archives, extraits de films, accessoires de mode, proposent de saisir les multiples représentations de Marie-Antoinette.

Marie ant

Cinq thématiques parmi lesquelles :

L’image de la reine

Le personnage de Marie-Antoinette est producteur de quantité de représentations  en fonction d’un événement, d’une commémoration, de l’actualité culturelle ou de la vogue d’un motif.

– Les portraits d’Elisabeth Louise Vigée Le Brun
– La mémoire politique de la reine martyre 
– Marie-Antoinette dans l’imagerie d’histoire
– Marie-Antoinette à l’écran

C’est Marie Antoinette à l’écran qui nous intéresse, parmi les extraits de films proposés il y a les incontournables  Marie Antoinette de Sofia Coppola et Les Adieux à la reine  de Benoit Jacquot. Lors de l’inauguration les créateurs de costumes Milena Canonero et Christian Gasc   étaient présents

Un petit rappel du travail de l’équipe de Christian Gasc avec qui nous travaillons actuellement sur sa biographie de travail et du point de vue  d’un membre de l’équipe qui désire rester anonyme .:

Des maquettes aux costumes

 Le créateur costume dessine les maquettes des personnages principaux. Il donne sa ligne de conduite : ça concerne tout le monde. Christian Gasc nous a dit : « Je me moque un  peu de la réalité historique, on veut une intention, on veut tel type de couleurs tel type de sens. A partir de ça faites comme vous l’entendez ». Le rôle du créateur costume consiste ensuite à contrôler du premier au dernier plan que les tableaux soient respectés, même s’il n’est pas là en permanence  Il peut y avoir une maquette pour plusieurs costumes. Dès la conception sur papier les costumières travaillent avec le preneur de son sur la nature du tissu, et avec la régie lumière : selon l’éclairage, à la bougie par exemple, le tissu ne va pas avoir le même rendu. Le choix de la pellicule influe également sur le choix des matériaux.

Pour le créateur costume autant que pour les couturières et les créas chargés de la figuration il faut rendre compte l’univers du film et des choix du réalisateur. Pour Les Adieux à la Reine le réalisateur et le créateur costume se sont mis d’accord pour que les coiffes XVIIIe siècle soient minimisées et que l’on oublie les fanfreluches,  afin de  ne pas revoir ce qu’on connait  déjà des films sur Marie-Antoinette et sur Versailles. Ils voulaient éviter le baroque.  Benoit Jacquot a justement choisi  Chrisitan Gasc parce qu’il sait qu’il n’aime pas le baroque et que son image de la fin du XVIIIsiècle est plus austère que celles que nous avons pu voir dans d’autres films. Cela passe par les plumes (que le créa n’aime pas). Les chapeaux militaires sont beaucoup moins emplumés qu’à l’époque, mais il préfère correspondre à une idée de la fin d’un siècle en décrépitude plutôt qu’à la documentation historique. Il va donner au film une intention et un sens différent. Chantal Thomas veut parler des trois derniers jours de la monarchie à travers le regard des femmes : ce n’est pas uniquement vrai ce qu’elle raconte mais ce qui intéresse B. Jacquot c’est la sensation qu’avait cet auteur de raconter la décadence d’une monarchie, dans l’univers de Versailles et avec le regard de trois femmes : une servante, la Reine, et la Polignac.

 Il y a une sensualité très forte, du désir et de l’admiration entre ces femmes. Le costume doit aussi raconter ça. La Polignac porte des couleurs que je n’ai jamais vues dans d’autres films. Ces couleurs correspondent à l’intention précise de Jacquot.  Ce vert c’est la façon du créateur de dire qu’à ce moment- là cette femme est éclatante.

La Réalisation

 Il existe des grands fabricants, notamment à Lyon. Mais nous pouvons aussi aller plus simplement au Marché St Pierre. Chaque créateur a ses habitudes. Beaucoup de fabricants sont spécialisés : dans le velours, dans la dentelle…mais aussi dans le spectacle. On fait encore appel aux artisans spécialisés dans le costume de cinéma. Ils ont une capacité de réaction rapide, ils s’adaptent à des demandes très particulières. Au cinéma et au théâtre, où nous utilisons les mêmes tissus, nous avons besoin de métrages moins importants que dans la mode par exemple. Si certain sont à cheval sur les deux milieux, comme le plumassier engagé sur Les Adieux à la Reine, et qui travaille également avec Jean Paul Gaultier et comme professeur dans une école de mode, nous pouvons aussi compter sur des spécialistes de notre domaine.

En termes de fabrication complète, Les Adieux à la Reine représentent une trentaine de costumes. Il s’agit ici des rôles principaux. Sachant qu’une robe d’une dame de la noblesse du XVIIIe siècle coûte environ 3 000 € cela constitue déjà une belle enveloppe. Mais même sur une production comme celle-ci, dont le budget global s’élève à 8 millions d’euros soit trois fois plus qu’une production française moyenne, nous avons dû réduire les changements de costume de la Reine. Donc on bidouille pour que l’intention du réalisateur soit respectée malgré tout. Bidouiller c’est trouver des astuces pour que ça paraisse riche : les paniers sous la robe sont faux, les dentelles ne sont pas aussi fines qu’à l’époque, ce genre de choses .

Les locations  de costume

La location de costume concerne essentiellement les figurants, mais certains accessoires ou parties de vêtements des rôles principaux peuvent également être loués. C’est le cas de la capeline de nuit de Sidonie, personnage principal des Adieux à la Reine. Les costumiers – figuration parcourent l’Europe des loueurs pour trouver ce qu’ils souhaitent. Rose est allée en Angleterre et en Espagne pour habiller Les Adieux à la Reine, car Eurocostumes, le loueur français ne stocke que des costumes contemporains.

 Comme pour les maquettes des rôles principaux nous partons d’une documentation d’époque. On va chez un loueur. S’il propose quelque chose  d’anachronique ou d’assez laid, on retravaille les costumes de location dans la mesure de leur autorisation. Nous pouvons faire fabriquer des pantalons en complément de vestes louées par exemple. Les compositions ne sont pas forcément réalistes.

Ici encore il s’agit avant tout de rendre une atmosphère, une intention. La « mesure » de l’autorisation des loueurs peut être assez grande : des gants peuvent être reteints, les chapeaux retravaillés etc… Au final le travail de couture est assez important.

 Il faut qu’on voit chaque personne : petit rôle, rôle secondaire, grand rôle pour les essayages : on prend les mensurations. Comme ça on peut refaire des choses pour eux sans avoir à les revoir. Sans oublier que les figurants aussi ont des dessous particuliers. On achète des bas. Pour les premiers rôles les bas sont de bonne qualité parce que la différence se voit, pour les autres ils sont en coton. Tout cela est tient. La teinturière est là pour vieillir, pour que ça fasse époque. Même les figurants de la noblesse porte des corsets parce que ça ne donne pas du tout la même tenue. Ce n’est pas du vrai corset mais ça reste un corps à baleine qui se lace et qui donne au costume un tombé différent.

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