Les  » Angélique  » à la télévision, une révolution sociale des années 60

Déc 30, 2012 by

Malgré la multiplication de chaines payantes ou non, Les vacances de noël ramènent invariablement les mêmes types de programmes télévisuels. Ainsi le spectateur, parfois accablé, sait que c’est avec difficulté qu’il verra une histoire nouvelle ou un film récent. Cependant les nostalgiques se frottent les mains : point besoin d’avoir 300 chaines pour savoir ce qui sera proposé  du music-hall, -cela va de soi- entre le 28 décembre et le 1er janvier, du cirque dans la même fourchette et quelques « nanars » bienaimés mais qu’on fait mine de moquer puisqu’il est de bon ton de friser le nez en en parlant. Pourtant, ces films si on analyse leur réception, continuent de rassembler des fans de tous âges et décriés aujourd’hui,  ils peuvent être étudiés à la fac demain : ainsi en est-il de James Bond. Les Angélique  que je vois revenir avec attendrissement chaque année me permettent  de savourer une véritable madeleine et quelle madeleine !!! Tout à coup j’ai 6- 7 ans et ma mère nous demande avec fébrilité d’aller nous coucher « avant que le film commence ». Pour quelles raisons ? D’abord parce qu’à cette époque on se couche tôt quand on est enfant et qu’on ne songe même pas à revendiquer quoi que ce soit, ensuite – ce que je ne savais pas – c’est qu’Angélique est non seulement un film féministe mais aussi un film érotique. Combien de fois la belle Michelle Mercier brise-t-elle les cœurs ? Et son Geoffrey le balafré qui non seulement fait peur (ben la balafre, ça fait mauvais garçon) mais il a pour réputation de savoir y faire avec les femmes.

 Dans les années 60, on ne parlait que peu de ces choses-là et le plaisir féminin était à peine évoqué.

 Angélique était mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas dans le cadre d’une sorte d’échange commercial, chose encore fréquente à l’époque (on rapprochait 2 familles sans demander l’avis des concernés). Si au départ elle est épouvantée par la « laideur » de son époux le beau Robert Hossein, elle réalise bien rapidement qu’il est noble et au grand cœur. Il ne la force pas et lorsqu’enfin elle se donne à lui, c’est la félicité qu’elle découvre, la petite veinarde. Imaginez la tête des spectateurs de l’époque (pas si lointaine) où dans un monde encore dans l’idée de l’après- guerre dominait le visage du général ce genre de souci n’existait pas. Et puis Angélique est une femme libre de son corps même si parfois on ne lui demande pas si elle est d’accord, à une époque où nos mères ne le sont pas encore, qui dit ce qu’elle pense, ne se laisse pas faire et n’a pas honte du plaisir. Michèle Mercier qui est une ancienne danseuse a effectivement une relation à son corps très libre qui la rend crédible dans n’importe quelle situation. Lors de sa nuit de noce ratée, lors de son extase, lorsqu’elle rencontre le roi, lorsqu’elle est vendue comme esclave et d’abord exposée comme une marchandise de luxe. Il faut lire entre les lignes et  observer les mentalités de ces années-là défiler :  on y retrouve pêle-mêle la condition de la femme, la relation à l’Autre (noirs et orientaux), le pouvoir de l’argent, la hiérarchie, la lutte pouvoir- savoir, obscurantisme et modernité… Alors les nanars ne servent à rien ? Moi j’espère que les 5 films ont aidé ma mère et les autres à  exiger un peu plus de fun dans le quotidien, si elles n’ont pas osé, les petites sœurs défilent dans la rue peu de temps après et le général s’en va. Mais si les films ont eu autant de succès c’est aussi grâce à Rosine Delamarre la créatrice costume qui est aujourd’hui la doyenne de nos créas avec 102 ans prochainement. Je l’ai rencontrée il y a peu et elle est encore étonnée du succès de cette série de films. S’il y a quelques invraisemblances historiques au niveau des silhouettes, par contre celles des années 60 est bien présente  comme elle l’est toujours dans tous les films quelle que soit l’époque : coiffures et maquillages laissent deviner aux yeux des initiés la période de tournage. Si Angélique a eu tant de succès c’est aussi parce que n’importe quelle femme française pouvait s’identifier à l’héroïne avec sa coiffure blonde, ses yeux noircis en œil de biche et son buste «  en obus » typique de cette période. Savant mélange entre le passé et le présent, annonciateur de revendication féminine dont certaines sont toujours d’actualités. On le voit, les films populaires peuvent aller au-delà d’une réception associée au divertissement ou un pseudo abêtissement ( le rire et le plaisir seraient interdits ?). Je suis sûre que maman et ses copines regardent toujours Angélique avec autant d’avidité, je suis sûre aussi que ce film leur a donné du courage pour affronter l’adversité quotidienne et nous leurs filles qui avons connu avant et après le général,  nous disons « vive les nanars ! »

Sylvie Perault

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1 Comment

  1. sensationnelle post, merci bien.

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