James Bond girls

Nov 7, 2015 by

Sortie d’un nouveau James Bond oblige, nous remettons à l’honneur  un extrait de l’excellent travail de Victoire Masson Dauxerre réalisé dans le cadre de premières recherches menées à Paris 3 Sorbonne nouvelle avec Sylvie Perault,   séminaire Anthropologie du costume de scène et d’écran.

En cinquante ans, James Bond est devenu l’un des héros les plus connus de la culture populaire. Conçu par son auteur Ian Flemming comme un personnage stéréotypé, 007 s’est élevé, en un demi-siècle, au rang d’archétype. Les producteurs des premiers films, Harry Saltzman et Albert Cubby Broccoli le définissent comme « l’agent secret le plus intrépide » qui affronte « le plus mégalomane des criminels pour déjouer le plus terrifiant des plans visant à asservir le monde, dans les paysages les plus somptueux, entouré des plus belles femmes et aidé de gadgets surprenants. »                                                                                                                                                                                                                                      La présence féminine est en effet propre au succès de James Bond qui représente une vie idéale et excitante. Comment imaginer 007 sans une magnifique créature à ses côtés ? Que serait le héros sans héroïne ? Et à quoi servirait la victoire du Bien sur le Mal si ce n’était pour conduire à l’amour ? L’action, l’exotisme et la séduction sont les éléments constitutifs de l’univers « bondien » et la femme en est le centre.

Les James Bond Girls représentent à l’écran tous les fantasmes masculins. L’érotisme qui naît de leur présence participe de manière essentielle à la définition du personnage de Bond et au mythe du héros entouré de toutes les formes de beauté du monde. Elles  apparaissent, en premier lieu, comme éléments décoratifs et plaisirs fugaces. Ian Flemming lui-même, les définit en tant que tel: «La femme idéale doit savoir faire la sauce béarnaise aussi bien que l’amour.»(!) La plupart du temps dénudées et présentées dans une piscine ou au casino, elles symbolisent le jeu et le plaisir, l’amusement et la distraction. Bond est sensible au charme féminin sous toutes ses formes, quelle qu’en soit l’origine ou la classe sociale, et personne ne lui résiste, même pas les plus belles femmes du monde.

Qu’elles soient contre ou avec lui, qu’elles veulent le détourner de sa mission ou se laissent manipuler, rares sont celles dont il tombe amoureux et nombreuses sont celles qui trouvent la mort mais toutes prennent une dimension plus intéressante lorsqu’elles sont en contact avec Bond. Cette proximité permet aux James Bond Girls de percer les secrets du héros et de participer de manière essentielle à la définition du personnage de 007, à son statut et à sa personnalité, leur présence devenant alors primordiale pour le déroulement de l’intrigue. Subordonnées à Bond, comme leur dénomination le souligne, les James Bond Girls incarnent des mythes et deviennent l’archétype d’un personnage dans un monde manichéen.

Mais chacune d’entre elle incarne aussi, à travers un demi-siècle et vingt-trois films officiels, le visage de la femme ou de la féminité et illustre l’évolution de la place et du rôle de la femme dans la société. […] Divers événements sociaux comme la naissance de la pornographie, l’avènement  de la chirurgie esthétique, la construction d’images féminines précises comme celle des pin-up jusqu’aux femmes androgynes participent aux explications de cette évolution. Le corps est un enjeu social et la beauté, tout comme la mode qui la glorifie, changent selon les événements politiques et économiques qui influent sur la société. Si la femme a toujours été un objet de désir masculin, elle ne l’a pas toujours été de la même manière et la James Bond Girl en est la parfaite illustration.

L’ère de la femme objet de : Docteur No à Les diamants sont éternels (1962 à 1971)

Après la seconde guerre mondiale, les femmes sont à la recherche de féminité, de grâce et d’élégance. Les sex-symbols tel que Marilyn Monroe (1m64, 97-62-92cm) fêtent le retour de la beauté sexuelle exubérante. La naissance du magazine Playboy en 1953 célèbre les formes féminines qui font fantasmer les hommes. Avec Brigitte Bardot et même Grace Kelly, les actrices glamours imposent leur style de pin-up voluptueuse et chic.

Marylin Monroe

Les femmes portent des robes corolle et gants fins qui montent jusqu’au coude, des jupes crayon à mi- mollet et le tailleur strict du « NewLook » de Dior. La femme est apprêtée, les formes très dessinées et les seins pigeonnants.

Cette influence de la décennie précédente habille les James Bond Girls des premiers films avant qu’elles adoptent la mode des années 1960 avec les robes qui se raccourcissent, les collants qui remplacent les bas, l’apparition de la mini-jupe et des bottes ainsi que les couleurs vives et acidulées aux motifs géométriques. Les tenues changent effectivement dans On ne vit que deux fois en 1967. Quant au maquillage, il évolue à partir du film Les diamants sont éternels en 1971. Les silhouettes et visages parfaitement dessinés, le maquillage impeccable et le brushing parfait sont remplacés par les sourcils épilés et coiffures en hauteur qui allongent et étirent la silhouette. Les décolletés plongeants et non pigeonnants apparaissent également, rompant définitivement avec la mode si raffinée et élégante des années 1950 pour des tenues plus libres. Les premiers seins nus apparaissent également dans le générique.

Pat dans  » Bons baisers de Russie « 

Moneypenny dans  » Opération tonnerre « 

Les femmes occupent des postes inférieurs à ceux des hommes, tel que celui de la secrétaire, nettement représenté dans les James Bond, notamment avec Moneypenny, assistante de M. La femme est docile et soumise, elle rêve de mariage et d’enfants et sert à valoriser l’homme.

La James Bond Girl des premiers films est bien la belle plante qui sert de faire-valoir au héros et ne fait qu’affirmer la puissance de Bond, en tant qu’homme et en tant qu’espion. Aucune ne lui résiste même les plus intelligentes et indépendantes d’entre elles ni ne l’égale face au danger, étant effrayée ou juste moins réactive ou forte selon la situation. Les films avec Sean Connery portent un regard sexiste sur les relations hommes-femmes, la femme n’étant présente que pour renforcer et confirmer l’image de l’homme tout puissant, protecteur et viril, toujours disponible pour assouvir les pulsions sexuelles du héros ou du méchant auquel elle est attachée.

L’actrice est choisie pour sa plastique avantageuse. Ursula Andress, suissesse et première James Bond Girl, a ainsi été doublée au montage en raison de son accent trop prononcé. Seule son physique la représente à l’écran. La psychologie freudienne trouve dans le monde bondien l’illustration parfaite de la puissance phallique. La féminité est privée de l’organe mâle et donc dévalorisée. Qu’il s’agisse de Miss Taro se remaquillant dans Docteur No, Tatiana émerveillée devant une malle remplie de vêtements dans Bons baisers de Russie ou Tiffany Case changeant trois fois de perruque dans Les diamants sont éternels, la femme est présentée comme accaparée par son apparence et le regard que les hommes portent sur elle tandis que Bond n’a guère le temps de s’occuper de son physique, toujours irréprochable, et doit sauver le monde. Il n’a d’ailleurs aucune considération pour ses partenaires féminines, se contentant de les sauver quand ça lui est possible pour remplir sa “fonction d’homme“ mais ne manifestant pas le moindre signe de tendresse ou même d’attention lorsque l’une d’elles meurt, souvent tuée par l’ennemi qu’il combat. La James Bond Girl n’est qu’un amusement pour Bond qui se préoccupe de son propre plaisir avant tout. Il n’hésite pas à porter la main sur elles lorsqu’il se rend compte qu’elles l’ont dupé ni à leur tapoter les fesses en guise d’au revoir. Jusqu’à l’affiche, la femme-objet fait vendre et participe au monde sexiste idéal dans lequel évolue Bond.

Deux types de personnages féminins apparaissent de façon manichéenne: la gentille et la méchante. La gentille est la subordonnée de Bond tandis que la méchante est indépendante et affirme plus de caractère. Cependant, elle ose défier Bond et trouve donc la mort, ne pouvant se confronter à un tel héros. La gentille pourrait aisément représenter l’image de l’épouse dans la société tandis que celui de la méchante illustrerait celle de la maîtresse. Gentille ou méchante, la James Bond Girl introduit l’homme, qu’il s’agisse de Bond ou du méchant, informant de sa valeur, tout comme une belle voiture. Cette image réductrice souligne, par la même occasion, la naïveté de l’homme sexiste et macho qui ne peut résister à l’appel du sexe, ne voyant que la plastique de la femme et ne pouvant alors lui attribuer d’autres qualités que celle de l’innocence. Fiona Volpe, la toute première représentante de la méchante, dans Opération tonnerre, piège Bond et le remet à sa place avant de mourir.

La méchante, à l’image de Fiona Volpe, représente la femme maléfique. Sa chevelure rousse renvoie aux sorcières du Moyen Age et symbolise la duplicité, la femme étant alors synonyme de tentation mais aussi de mort. La femme devient un obstacle supplémentaire pour Bond qui doit résister aux charmes et apparences trompeuses de cette créature envoûtante. 007 est en effet continuellement piégé et instrumentalisé par la beauté féminine qu’il pense plus facile à vaincre et dont il ne se méfie pas. Fiona apparaît dès le début du film. Elle conduit une grosse moto dotée de gadgets et est une tueuse redoutable, bien décidée à supprimer Bond. L’espion se laisse distraire par la plastique de la jeune femme qui lui pointe alors son arme sur la poitrine juste après qu’ils aient fait l’amour. Elle utilise le sexe en arme redoutable. La discrimination homme/femme s’illustre parfaitement avec Fiona qui se sert de son corps pour arriver à ses fins tandis que Bond n’a pas besoin de ça pour mener à bien sa mission et séduit ses partenaires pour son seul plaisir. Cependant, elle en profite ici pour parler au nom de toutes les femmes en répondant à Bond, alors vexé et blessé dans son amour propre: «Bien sûr, j’oubliais votre ego. Vous n’avez qu’à faire l’amour à une femme pour qu’elle entende les anges chanter et retourne immédiatement dans le droit chemin. Mais pas avec moi. Vous vous remettrez d’un tel échec?» Jusqu’au bout, Fiona est persuadée qu’elle a gagné, un tireur étant positionné face à Bond lors de leur danse langoureuse qui devient une étreinte mortelle pour la James Bond Girl lorsque l’espion se retourne et se sert de son corps comme bouclier humain. [..]

La naïade, incarnée par Ursula Andress, offre la figure de la Vénus moderne à la James Bond Girl. Le surnom affectueux qui lui sert de prénom renvoie d’abord l’image d’une femme douce mais Honey Rider n’a pas peur de se prendre en main ni d’assurer sa propre protection. Elle sort de l’eau en bikini blanc, fait exceptionnel et spectaculaire en 1962, un poignard à la taille, un masque de plongée dans la main et un coquillage dans l’autre. Comme dans la peinture, chaque ornement est symbolique.

Ursula Andress dans le rôle de Honey Rider in  » Docteur No »

La déesse de l’amour et du désir n’apparaît pas ici dans un coquillage mais les collectionne, ses cheveux mouillés lui tombent sur les épaules et son maillot blanc virginal contraste avec le souvenir de la bombe nucléaire qui éclata sur l’atoll, représentant alors une arme de séduction massive. Ursula Andress devient immédiatement le sex-symbol qui démocratise le bikini en quelques secondes à l’écran. Tout comme le maillot, le poignard et le masque de plongée ne sont pas encore communs au début des années soixante et symbolisent alors une femme  aventurière à une époque cruciale dans l’histoire de la libération de la femme. Honey Rider affirme son indépendance de corps et d’esprit et une forte personnalité, semblable à celle du héros. La James Bond Girl est déterminée, courageuse et indépendante. Elle est décidée à défendre ses prises et n’hésite pas à s’affranchir des règles pour arriver à son but, mêlant raffinement et audace. Honey Rider a véritablement marqué les esprits, pour les prochaines James Bond Girls mais aussi dans la société, devenant le symbole de la femme belle, libre et sensuelle. Ursula Andress a d’ailleurs été récompensée du Golden Globe du meilleur espoir féminin pour son rôle, en 1964, ex aequo avec Tippi Hedren qui jouait dans les Oiseaux d’Hitchcock.

Le bikini blanc est réutilisé dans plusieurs James Bond et symbolise la virginité au cœur d’un océan d’amour. Dans la scène finale de Docteur No, Honey Rider est en bikini blanc dans une barque seule avec 007. La même scène est reprise dans Opération tonnerre et On ne vit que deux fois.

La James Bond Girl qui ouvre véritablement la voie aux femmes indépendantes et en activité est Pussy Galore, la pilote privée de l’ennemi de Bond dans Goldfinger.

Pussy Galore dans « Goldfinger « 

Femme forte, elle a un rôle important dans le bon déroulement des plans du méchant et dirige toute une équipe de jeunes femmes pilotes qu’elle entraîne. La représentation de la beauté s’exprime à travers les femmes blondes, sur le modèle de la Barbie aux mensurations inhumaines apparue en 1959. Pussy Galore assume un rôle d’homme, ne se laissant pas distraire par Bond et étant totalement professionnelle. James essaie pourtant de la séduire mais sans succès, jusqu’à la toute fin du film où elle finit par céder à 007 qui la maîtrise physiquement et mentalement, après une bataille dans le foin.

Après la naïade, la James Bond Girl est amazone et l’archétype de la rivale. Son tempérament et ses scènes d’action la hissent au même niveau que Bond. Experte en judo et maniant les armes à feu aussi bien que les hélicoptères, elle assume tous les rôles. Cependant, celle qui lance à Bond : « Cessez votre numéro de charme, je suis immunisée. » ne fait qu’augmenter l’aura du héros auquel aucune femme ne peut donc résister. Lorsque Bond apprend qu’elle a détourné les ordres de son supérieur, lui permettant ainsi de constater le bon accomplissement de sa mission, il s’en attribue tout le mérite, étant persuadé d’avoir « éveillé son instinct maternel ». Pussy Galore ouvre bien la voie mais est loin de pouvoir s’affirmer en tant qu’égale de l’homme qui, à l’image de Bond, est sexiste et machiste. La bataille dans le foin et son prénom grivois ne font d’ailleurs que souligner l’instrumentalisation de la femme comme objet érotique et source de désir […]

 

Pour citer cet article CERPCOS / Masson Dauxerre  Victoire – premières recherches /2012/ Perault – Paris 3.

Related Posts

Tags

Share This

1 Comment

  1. Dauxerre

    Victoire Maçon Dauxerre :)

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *