Légitimation du pouvoir : la première dame et ses costumes

Mai 17, 2017 by

18600618_10212940339122104_91075676_nDepuis Jacky Kennedy, l’allure de la première dame chez les occidentaux  est devenu un fait majeur. Loin d’être inutile, elle légitime le pouvoir et peut progressivement  » faire sa part de boulot « . C’est à dire soutenir des programmes spécifiques comme le fit Michelle Obama. Tout au long de l’investiture de son mari elle s’est affirmée et reste dans les têtes comme une sorte d’alter-ego de son époux et bien éloignée du seul rôle de potiche diplomatique. Jackie Kennedy reste un exemple pour toutes d’où cet article.

Un président des États-Unis populaire par la grâce d’une épouse qui attire toute la lumière. C’est la belle histoire que nous donnaient à voir John et Jackie Kennedy. Claude du Granrut se confie sur celle qu’on appela la fiancée de l’Amérique et qui fut son amie quand elles avaient 20 ans. « Je ne dis pas qu’elle était belle, mais elle avait quelque chose. Et puis elle était très intelligente, elle savait se mettre en valeur, elle savait ce qu’elle voulait. Elle n’était pas l’épouse de, c’est lui qui était l’époux de », explique t-elle.

Dans quelle mesure le style de Jacqueline Kennedy témoigne t-il de la dimension politique du vêtement ?

Ces films réactivent « le chic français » au même titre que les défilés de haute-couture actuels et permettent malgré eux le maintien d’un savoir-faire très fragilisé. Il a fallu d’ailleurs pour le tournage penser à des spécialistes capables de coiffer et maquiller comme dans les années traitées. Ce qui s’oppose au défilé où le mannequin n’existe pas en tant qu’humain en action mais en tant que support idéal pour valoriser le vêtement. Le film, lui, porte au contraire la totalité de l’incarnation : du comédien qui interprète une personne disparue via un corps en mouvement et dans des costumes qui symbolisent une seconde peau.

La légitimation du pouvoir politique à travers le style de Jackie Kennedy.

A l’âge de 21 ans, Jackie Kennedy alors Jackie Bouvier, jeune américaine d’origine irlandaise et anglaise s’installe à Paris pour étudier à la Sorbonne. Côtoyant après les cours l’aristocratie française du 16 e arrondissement et les salons d’Elsa Schiaparelli, la jeune femme se fascine pour la haute couture et la mode parisienne. En 1950, elle rentre aux Etats-Unis et fait la connaissance, trois ans plus tard, de John Fitzgerald Kennedy, étoile montante du Parti Démocrate et futur Président des Etats-Unis.

Jacqueline Kennedy était assimilée  à une icône de la mode. Elle collabora avec le créateur de mode américain Oleg Cassini dès l’automne 1960. C’est ce designer qui créa toute une garde-robe originale qui mit en avant Jackie en tant que First Lady.

De 1961 à fin 1963, Cassini l’habilla dans nombreux de ses ensembles les plus emblématiques, tels que le manteau qu’elle porta pour la Journée d’inauguration, accompagnée d’un chapeau Halston et d’un manteau en fourrure (à ne pas confondre avec la robe ivoire et cape coordonnée qu’elle avait elle-même créé en collaboration avec Bergdorf Goodman).
Ses costumes élégants étaient composés d’une jupe qui arrivait au bas du genou, d’une veste à col d’échine avec des manches à trois quarts, de gants qui arrivaient au-dessus du coude, des chaussures à talons bas et des chapeaux de pillards célèbres qui firent son succès à travers le monde. Bien que Cassini fut son concepteur principal, elle porta aussi des ensembles de légendes de la mode françaises tels que Chanel, Givenchy ou Dior.

Si Kennedy était un président des États-Unis populaire c’était aussi par la grâce d’une épouse qui attirait toute la lumière. La force d’un couple amène inconsciemment une forme de stabilité dans l’exercice du pouvoir, et l’influence culturelle qu’a exercé Jackie Kennedy à travers la mode était essentielle, d’autant plus pendant cette période de « guerre froide » entre les USA et l’URSS.

La femme d’influence : un uniforme qui correspond au code de Jackie Kennedy

Dès l’entrée de son époux, John Fitzgerald K, à la Maison-Blanche, la première dame entreprend de mettre son apparence vestimentaire au diapason des valeurs que souhaite incarner la nouvelle administration. La jeunesse, le changement, l’ouverture de l’Amérique à la culture des sixties et aux idées dont le bouillonnement se fait déjà sentir un peu partout dans le monde. Aidée d’Oleg Cassini – qui réalise à lui seul plus de trois cents de ses modèles – et de créateurs made in USA comme Stella Sloat, Ben Zuckerman et Norman Norell (sommés de s’inspirer de Givenchy, Balenciaga ou Cardin), Jackie invente la silhouette qui, désormais, traduira en coupes nettes et confortables son idéal de liberté et de simplicité.

Interprété par Nathalie Portman dans le film Jackie, Jackie Kennedy, en tant que femme d’influence, a montré un uniforme que de nombreuses « first lady » ont repris par la suite, que cela soit Betty Ford ou encore Ivana Trump.

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Betty Ford,

Considérée comme féministe au cours de son mandat en tant que Première Dame dans les années 70, Betty Ford avait une garde-robe à la Maison Blanche qui reflétait les tendances modernes. La référence la plus directe à Jackie Kennedy est sans doute sa coiffure, puisque la femme de Kennedy la porta une décennie auparavant. L’amour de Betty envers les vestes sur mesure et les écharpes en soie (elle en avait plus de 700!) a été imitée par des légions de femmes.

Nancy Reagan,

Elle était une vraie amoureuse de la mode. Elle s’est tournée vers les meilleurs designers durant la présidence de son mari Ronald dans les années 80, dont Oscar de la Renta et Carolina Herrera. Ses costumes de first lady sont inspirés du style Chanel et font échos aux tenues emblématiques de Jackie Kennedy. Elle a favorisé les nuances cramoisies – souvent appelée « Reagan Red » – et ignora les nombreuses critiques à propos de  son importante garde-robe.

Hillary Clinton,

Même dans les années 90 où elle était Première Dame au côté de Bill Clinton, Hillary portait souvent des tailleurs pantalons . Cette tenue contribua à renforcer son image de femme « qui porte la culotte  Son goût pour le sur -mesure, complété par des boutons surdimensionnés était un clin d’œil direct à la manière dont Oleg Cassini avait façonné l’image de Jackie Kennedy. Ces deux « first lady » ont en outre un goût commun pour les accessoires audacieux tels que l’association Perles / Maison Blanche. Durant les élections contre Trump, le regard distinctif de Hillary a amené une partie de ses partisans à se vêtir eux-mêmes d’un ‘Pantsuit Nation’.

Bien que le style de la First Lady soit réputé pour son élégante simplicité, l’Américaine n’en était pas moins la reine de l’accessoire. K2Que serait le style de la première dame des États-Unis sans ses célèbres lunettes oversize, ses foulards négligemment noués dans des cheveux parfaitement coiffés, ses colliers de perles et ses mythiques sacs Gucci ? Raphaëlle Orsini confirme : «Fashionista dans l’âme, Jacqueline Kennedy twiste tout à sa manière. Elle noue son carré Hermès autour de sa tête, elle foule le macadam en mocassins Gucci et, comble du luxe, la griffe italienne lui dédie un de ses sacs, le Jackie. Si ça, ce n’est pas un truc d’icône mode absolue..

Michelle Obama,

Au cours de ses huit années à la Maison Blanche, Michelle, 52 ans, est devenue une championne pour influencer la mode américaine.Son premier portrait officiel en tant que Première Dame a rendu hommage au style de Jackie : une petite robe noire sans manches issue du designer Michael Kors de New York City avec une double rangée de perles blanches – et un regard, similaire à celui que Jackie portait pour accueillir Prince Rainier et la princesse Grace de Monaco à la Maison-Blanche en 1961. Michelle a continué à moderniser l’habillement en associant des étiquettes haut de gamme avec des pièces abordables, dans des couleurs vives et des motifs dynamiques généralement issus de J. Crew et Ann Taylor. « Tout est affaire de confort », a-t-elle déclaré à Vogue dans ses choix de mode. « Si je dois vous mettre à l’aise, alors je dois l’être d’abord. »K3

Melania Trump,

La nouvelle Première Dame ne cache pas son admiration pour les gouts vestimentaires de Jackie Kennedy. « Elle avait un style très beau, élégant, simple mais féminin », a déclaré Melania. Le manteau rouge serré que Melania, a porté au Caucus d’Iowa en février dernier rappelle le tailleur que Jackie portait lorsque John a annoncé sa candidature présidentielle en 1960. Preuve ultime de l’intemporalité du style de Jackie, l’actuelle première dame des États-Unis, Melania Trump, s’est assurément inspirée de son illustre prédécesseur pour l’investiture de son mari, le 20 janvier dernier. On constate d’ailleurs avec le cas de Melania K4Trump l’emprise que peut avoir la politique sur la mode : de nombreuses marques ont refusé d’habiller l’actuelle première dame à cause du discours « raciste et xénophobe » de son mari Donald Trump. Ce refus fut initié par la Française Sophie Theallet, puis  suivi par d’autres tels  Marc Jacobs, Derek Lam, Phillip Lim et Christian Siriano…

La persistance du rayonnement stylistique de Jacqueline Kennedy

Qu’elles soient princesses, chanteuses, comédiennes ou femmes de pouvoir, pour toutes, l’épouse de JFK est encore aujourd’hui un modèle, une inépuisable source d’inspiration. Ce sont des « personnalités » qui s’inspirent ouvertement du style Jackie Kennedy, généralement dans la quête d’une visibilité médiatique.

Le style de Jacqueline Kennedy ne se résume pas que par le choix judicieux d’ensembles de haute-couture. C’est plutôt son usage d’accessoires qui l’ont rendu intemporel.

Tout d’abord, il y a l’utilisation des lunettes « oversized », ses lunettes Nina Ricci Eyewear sont emblématiques et sont toujours associées avec un sac à main Hermès ou Gucci. Elles évoquent inéluctablement le style « Jackie O. ». K5

Cécilia Sarkozy fut l’une des premières dames à s’inspirer d’elle : Elle a osé porter le jean en public. On l’a retrouvé, comme sur Jackie, avec un chapeau pastille vissé sur des carrés légèrement bouffants, des vestes évasées, des manteaux sixties aux lignes épurées.

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La référence à Jackie Kennedy continue après le départ de Cécilia Sarkozy puisque Carla Bruni, le 29 Juillet 2008, déclare dans le Vanity Fair qu’elle s’identifie plus à « Jackie Kennedy qu’en Mme de Gaulle, par exemple, qui ressemble beaucoup plus à la femme française classique derrière son époux ». Là encore, le vêtement dépasse le personnage puisque Jackie n’est pas que la représentante d’un style vestimentaire : elle symbolise la subtile prise du pouvoir politique par les femmes. Les first lady ne font plus office de « décors », mais ont un rôle essentiel dans l’exercice des fonctions présidentielles. Jackie Kennedy a eu, à sa manière, un rôle que l’on pourrait qualifier de « féministe » puisque par ses prises de positions, elle a donné un nouveau statut au rôle de la femme dans la société.

Ce style continue d’être adopté, et pas qu’aux Etats-Unis : on a retrouvé des traces de la « Jackie’s touch » auprès de nombreuses personnalités de différents milieux. Autant sur le plan de la royauté avec Caroline de Monaco ou Mary de Danemark, que sur le plan politique avec l’ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati.

En effet, le tailleur Chanel, ou la minijupe Mary Quant signent à la fois aussi éternel que le tailleur Chanel, aussi décisif dans l’histoire du vêtement féminin que le New-Look de Christian Dior. Le style Bouvier-Kennedy est devenu un atout charme évident chez les princesses, et apporte, par le subtil dosage d’accessoires, un coté rétro très apprécié dans la haute société. Finalement, le style « first lady » n’est pas qu’une simple affaire de mode, elle est le symbole d’une prise de pouvoir.

C’est ainsi que ces derniers jours, Brigitte Macron, nouvelle première dame de France ne fut pas en reste et sur elle aussi résonne la « Jackie’s touch ».

 A. Perault pour le Master marché de l’art Paris 1 Panthéon- Sorbonne

 

 

 

 

 

 

 

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