Le musicien, le costume et le personnage

Avr 24, 2014 by

Parmi les costumes qui font figure de seconde peau, celui du musicien et / ou du chanteur est un cas extraordinaire: exemple pour les fans qui l’imite, objet sacré pour les collectionneurs. Du ca M construit de toutes pièces par Mathieu Cheddid en passant par la danse, mais aussi Bowie et d’autres sans oublier le mimétisme des fans-spectateurs, voici un extrait des  premières recherches de THOMAS COUPPEY, ancien étudiant de notre collègue Sylvie Perault.

Le Cas « M  »  : Séparer l’individu de l’artiste.

« -M- c’est la scène » explique Mathieu Chedid.  Ou bien encore « Mathieu Chedid sur scène, c’était trop pour moi, il a fallu que je trouve un personnage pour vaincre la timidité et mettre en forme toute ma fantaisie ». Le musicien a créé ainsi un alter ego, exubérant, un personnage de bande-dessinée, avec une coupe démoniaque qui lui permet d’affronter la scène, d’être vu sans être visible. Le musicien est un individu comme les autres et à l’inverse du comédien qui est toujours dans un travail de distanciation entre ce qu’il montre sur scène et ce qu’il est, le musicien n’a pas la nécessité de se créer un personnage pour jouer d’un instrument. Cependant, il y a aussi un travail de représentation et comme rien n’est neutre sur scène, le musicien prend le risque en concert, de ne pas mettre sa musique en valeur, soit en étant trop timide, soit au contraire, en présentant une personnalité qui jure avec le style musical. Il est à priori nécessaire qu’il crée un personnage-artiste, afin de se sentir moins vulnérable. En se transformant, le musicien devient un personnage toujours prêt à jouer. […]

Mathieu Chedid, M dans le Soldat rose

Un processus de mise en transe ?

« C’est par la scène que je suis encore plus Mathieu Chedid, à travers M » explique le chanteur. Il montre que le costume est un possible médium pour assurer la mise en transe du musicien. Dans ce cadre, le costume peut être considéré comme l’activateur d’un processus qui permet le passage de l’individu au musicien. -M- est le moyen pour Mathieu Chedid d’aborder la scène comme un artiste total et de partager son imaginaire. On retrouve ce processus de mise en transe dans de nombreuses civilisations et dans les sociétés antiques (rites dyonisiaques par exemple), où la musique était l’aboutissement d’une transformation.

Dans sa mise en scène de Micro, Pierre Rigal, qui propose un concert en mouvement, montre cette démarche. Durant la première partie du spectacle, on peut observer le danseur seul habillé en chanteur de Rock n’ Roll (veste en cuir bleu) qui dans un silence complet exécute une danse avec son micro : il enchaine de manière chorégraphique les postures « clichées » du chanteur de Rock. Malgré l’absence de musique et de chant, le danseur est chargé de la même intensité que le chanteur. Lui comme les autres chanteurs-danseurs du spectacle Micro sont la plupart du temps torse nu, en jean et en bottes. Cette posture qui rappelle celle de Jim Morrison du groupe The Doors  n’est-elle pas un moyen pour se mettre en condition ?  

Pierre Rigal dans la chorégraphie "Micro"

 

le costume un moyen de rendre la magie de la musique et de la scène

L’image de M évolue au cours du temps. On a alors le sentiment que cette entité créée par le musicien est indépendante, le moment du concert devient une rencontre avec ce personnage en particulier. Le costume donne l’impression que l’instant est rare. En proposant une mise en scène de lui-même l’artiste souligne l’instantanéité de la musique et l’aspect éphémère du spectacle. L’artiste mis en transe par sa transformation retrouve une spontanéité face à des morceaux qu’il a joués des centaines de fois, il peut oublier toute la partie technique pour se concentrer uniquement sur l’aspect émotionnel. On peut supposer que le personnage est le moyen pour le musicien de n’être qu’un transmetteur, un catalyseur d’émotion. Il permet de dissimuler le travail du musicien et les difficultés inhérentes (difficulté technique, doute de l’effet rendu, le retour sur scène…)

Le costume comme lieu d’identification

 

Il semble évident que le costume est l’outil principal pour un musicien de se rendre identifiable visuellement dès le premier regard. Le costume est déterminant aussi pour affirmer un style musical et attirer par le style affiché un public déjà conquis d’avance. Il suffit de voir une image de Marylin Manson pour avoir un aperçu du genre de musique que le groupe propose. Il est donc très important pour un jeune groupe de bien choisir les différentes images qui vont le représenter, car un mauvais choix esthétique peut tromper le public qui peut être déçu et se retrouver face à une musique qu’il n’aime pas. A l’inverse il peut passer à côté du groupe car visuellement il ne sent pas l’appartenance du groupe à son style de prédilection. Le groupe Sinsemilia par exemple, suite à son tube « Tout le bonheur du monde », a dû retravailler son image de groupe « révolté et politisé » car la chanson avait affaiblit cet aspect de leur musique et attiré un public qui ne leur ressemblait pas (notamment des enfants). Pour que la reconnaissance soit la plus immédiate possible, il faut des symboles simples et efficaces. David Bowie pouvait, à l’époque de Ziggy Stardust, se reconnaître à son éclair peint sur son visage et ses yeux vairons, Michel Polnareff aux cheveux blonds longs et frisés et les lunettes de soleil blanches. 

Un lieu de partage entre l’artiste et son public.

 

Fans de Jennifer Lopez

Le costume est le moyen pour le spectateur de partager l’univers de son idole et de chercher à lui ressembler. J’ai pu remarquer lors de concert de Mathieu Chedid que des spectateurs venaient aussi avec une coupe de cheveux en forme de M ou avec des lunettes de soleil qui reprenaient les couleurs et les formes de l’album. L’identification est aussi du côté du spectateur qui veut affirmer son statut de fan de tel artiste en essayant de lui ressembler. Les sosies de Johnny Hallyday, ou de Claude François montrent cette volonté de ne faire qu’un avec leur idole mais c’est avant tout par l’apparence, et donc le costume, que cette identification est possible. La série de photos de James Mollison, qui a photographié des fans de différents artistes avant un concert témoigne de cette volonté de partager l’apparence, du moins le style du musiciens qu’on adore. Il y a un plaisir du spectateur à partager l’univers du musicien à travers son costume, et ce dernier devient la possibilité de s’identifier entre fans. Cependant, le costume est aussi le moyen pour le public de se préparer psychologiquement au partage musical du concert. Par la recherche d’une ressemblance avec l’artiste, le spectateur se met en condition pour recevoir et partager la musique avec le musicien. Là encore le film Jean-Philippe témoigne bien de cet aspect où les fans cherchent à se nourrir de tous les éléments qui caractérisent leur idole. Le costume est un moyen de nourrir l’imaginaire du spectateur, de lui donner les moyens de fantasmer autour de l’artiste-personnage et de manière implicite autour de sa musique.

Fans du groupe KISS

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