L’altérité dans le spectacle, spectacle de l’altérité

Mai 22, 2013 by

Colloque du 23 au 25 mai

Des recherches menées dans le champ du spectacle ont mis en lumière la réception de formes et/ou d’artistes étrangers, comme les Turqueries au XVIIIe siècle. L’ethnoscénologie, en étudiant les pratiques performatives de divers groupes culturels, a mis en évidence les liens entre ces pratiques, l’ethnologie, l’anthropologie, les études théâtrales et chorégraphiques, et le point de vue des praticiens. D’autres exemples sont possibles aussi dans le domaine de la recherche autour du corps, mais aussi dans le domaine littéraire, sur le concept d’exotisme lointain par exemple, ou encore dans le domaine du théâtre lyrique comme notamment les opera studies.

Ces exemples attestent la vitalité de la recherche autour du concept de l’altérité, mais aussi son actualité : il n’est pas anodin, en effet, que ces travaux aient émergé dans des sociétés confrontées à la mondialisation, au multiculturalisme, aux conflits sociaux et culturels. Cependant, aucune étude d’ensemble n’a encore été réalisée et les analyses ont toujours porté sur un champ particulier. Le projet s’est, lui, forgé sur des approches pluridisciplinaires.

L’histoire du spectacle, entre la Révolution française et la première guerre mondiale, recèle de nombreuses visions et interprétations de l’altérité : les auteurs, acteurs, textes, mises en scène, mais encore les critiques, affiches, musiques, portent des regards diversifiés sur l’Autre. Cet « Autre » est aussi bien l’étranger, le différent, le lointain ou l’alter ego. Au cours de cette période, un goût certain pour l’exotique se manifeste, encouragé par les découvertes de pays lointains, la conquête coloniale et les sciences, telles l’anthropologie et l’ethnologie. Le grand public découvre des populations aux mœurs et à la culture éloignés de ses propres us et coutumes et en tire un certain divertissement, en particulier par le biais des Expositions et des exhibitions anthropologiques. Les sciences analysent également la diversité humaine, les handicaps, les « monstres humains ».

Par conséquent, les spectacles incorporent dans leur thèmes, leurs personnages, leurs lieux, leurs mises en scène, ces éléments porteurs d’altérité, qui répondent à un fort engouement. Il est ainsi possible d’analyser la perception et les représentations de l’altérité, qui révèlent la façon dont l’Autre est reçu par la société et les arts français de l’époque. Car le pays, qui fut l’un des plus actifs colonisateurs, a aussi puisé dans la diversité de ses populations et de ses pratiques culturelles, une source de renouveau esthétique. En dehors des stéréotypes, préjugés et clichés de toutes sortes qui peuvent se faire jour dans les productions artistiques, des stimuli esthétiques sont également repérables et peuvent éclairer les relations interculturelles qui ont pu exister entre des traditions a priori radicalement éloignées.

L’altérité ne se résume pas au caractère étranger ou exotique d’un personnage, d’un lieu ou d’une coutume ; elle est aussi fonction du sentiment d’étrangeté manifesté par la population vis-à-vis de ceux qui sont en dehors de la « norme » : homosexuels, juifs,
handicapés, marginaux, originaux. Là encore, il s’agit à la fois de sonder la manière dont le spectacle révèle les mentalités majoritaires ou contribue à les modifier, dont il incorpore les formes d’altérité, selon quels objectifs esthétiques, politiques ou sociaux et quelle fonction ces œuvres ont pu avoir dans l’histoire.

L’altérité dans le spectacle, le spectacle de l’altérité

Intervention de Sylvie Perault  : caricature, nudité ou invisibilité la place des hommes et des femmes noirs sur la scène parisienne.

PARTENAIRE(S) :
BnF (Paris)
Archives Nationales (Paris)
Scènes et savoirs EA 1573

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