La création de costumes dans le film « Chocolat »

Fév 10, 2016 by

 Partie 1 : les décors 

Sciences  HUMAINES


Evènement de ces derniers jours, la sortie du film Chocolat tombe à point nommé dans une actualité socio-politique tendue où l’origine des uns et des autres est souvent confondue avec des défauts que nous ne citerons pas. Ces non-dits pensés trop fort posent le doute  et ouvrent la voie à des « idées » immondes qui aimeraient bien persuader les plus  fragiles d’entre nous que l’Autre différent de moi est forcément un danger. Par un extraordinaire raccourci plus la différence est visible, plus le danger est prégnant. L’invisibilité de ces différences dans des espaces qui drainent la majorité caucasienne, en particulier dans des postes à responsabilité donc visibles  (milieu des arts -mis à part le chant et le stand up, de la politique et des médias -malgré de minuscules exceptions-, de l’université  – sauf erreur de ma part il existe un seul professeur noir dans les sciences humaines en France etc.) une situation qui entretient la confusion même si des changements de mentalités sont en cours.  Cette introduction car ce film est le feu d’artifice d’une démarche collective qui a duré 6 ans et qu’on ne peut oblitérée car portée par le sociologue Gérard Noiriel avec le collectif d’éducation populaire DAJA. Démarches et recherches qui ont permis la création de la pièce «  On l’appelait Chocolat » puis le film déjà cité adapté librement du livre  de G. Noiriel.

« …mon ouvrage sur le clown Chocolat était l’un des résultats du premier projet d’éducation populaire que notre collectif DAJA a développé, il y a 6 ans. Dans quelques semaines, le battage médiatique qui accompagnera le lancement du film « Chocolat » va certainement occulter le travail collectif qui a été réalisé pendant toutes ces années. Qu’un film à gros budget (18 millions d’euros) avec l’un des acteurs les plus « bankable » de France puisse être issu d’un projet socio-culturel réalisé par une petite association de banlieue, avec très peu de moyens, est une réalité totalement inconcevable pour la grande majorité des journalistes. Et pourtant c’est la vérité. C’est pourquoi j’ai écrit cette biographie du clown Chocolat en croisant 3 histoires : l’histoire de Rafael, l’esclave devenu une star de la Belle Epoque, l’histoire d’une recherche improbable (comment écrire l’histoire d’une personne sans nom?) et l’histoire d’une aventure collective autour d’un projet culturel ayant réuni des dizaines de travailleurs sociaux, des artistes, des animateurs, des enseignants, avec le soutien de quelques élus et de quelques journalistes. Sans eux, le clown Chocolat serait resté dans les oubliettes de l’histoire républicaine et le film n’aurait jamais vu le jour…»[1]

Chocolat, dans le film c’est d’abord un corps et une couleur de peau incarnées par Omar Sy à qui on redonne sa puissance et son humanité en se basant d’abord sur les stéréotypes actifs à la fin du XIXe siècle. On ne peut cependant le dissocier de son homologue Footit et rien que cela est déjà immense.  L’objectif est rempli : redonner vie à un homme sans nom, ancien esclave et inscrire un homme noir dans notre histoire culturelle commune.[2] C’est en ce sens que l’on peut dire que le cinéma est près de la vie.[3]. Cependant on n’oubliera pas que le scénario a pris des libertés par rapport  aux recherches effectuées sur le personnage ( par exemple il n’est pas « découvert  » par Footit et est déjà sur la scène des cirques lorsqu’ils se rencontrent…[4]). afin d’accentuer l’aspect dramatique. C’est à nous, spectateurs de faire la part des choses.

Scénographie : décors et costumes

L’association des décors et costumes permet de reconstituer la fin du XIX e et le début du XXe en tout cas l’idée que nous nous en faisons aujourd’hui L’objectif est donc que le spectateur trouve l’idée que nous nous faisons de cette période. C’est dans le Vexin qu’a été tourné une partie des scènes qui précèdent le fantastique succès du duo. Le village de Theuville qui est resté dans son jus  est un décor naturel qui accueille régulièrement des tournages. Cette fois, c’est l’entrée du village qui a été particulièrement sollicité. Jérémy Duchier, chef décorateur raconte comment il s’y est pris pour reconstituer l’ambiance de cette époque « Je commence d’abord en montant des planches sur lesquelles je regroupe des références de couleurs, d’ambiance, des photos, des tableaux, en puisant aussi dans le travail d’autres films proches tant sur l’époque demandée que dans le rendu photographique attendu, ou l’esprit des scènes.

projet du Chef décorateur

projet du Chef décorateur. Photo J.Duchier

Ces références à d’autres films emblématiques permettent également au réalisateur, au chef opérateur ou même au costumier d’identifier concrètement en images mes propositions.  Par exemple, pour Chocolat, nous avons commencé en regardant le travail fait sur La Môme, qui est pour moi une vraie réussite, car, même si ce ne sont pas les mêmes époques, la trame scénaristique et l’intention souhaitée sont similaires. Bien sûr après, notre travail se personnalise et s’ouvre à d’autres sources d’inspiration.
Mais le raccourci en parlant d’un autre film en référence permet d’amorcer le projet. […]Comme il était impossible de trouver ou même fabriquer un cirque de l’époque de l’histoire du film, nous avons loué un chapiteau contemporain que nous avons totalement transformé en le rhabillant de coton. Nous avons également remplacé les cordages par du chanvre pour plus d’authenticité. Cette métamorphose a demandé cinq semaines de travail en atelier et sur place »[5]

Le décor installé à Theuville

Le décor installé à Theuville. Photo S. Perault

 

 

 

 

Travail d’équipes    

 Cependant le travail du chef déco ne prend toute son ampleur qu’avec celui de l’ensemblier chargé de trouver meubles et accessoires correspondants, le chef constructeur et son équipe qui fabrique les décors le chef peintre qui va apporter la tonalité qu’on associe à une période déterminée. C’est dans ces associations qui expriment une hiérarchie précise qu’une époque (ou son idée se reconstitue) « Comme il était impossible de trouver ou même fabriquer un cirque de l’époque de l’histoire du film, nous avons loué un chapiteau contemporain que nous avons totalement transformé en le rhabillant de coton. Nous avons également remplacé les cordages par du chanvre pour plus d’authenticité. Cette métamorphose a demandé cinq semaines de travail en atelier et sur place. Au-delà du cirque, mon grand contentement est le campement de roulottes, chacune entièrement et minutieusement fabriquée à partir d’une carriole voire même de simples roues par les menuisiers, sans parler des peintres qui ont réussi à reproduire les couleurs vives originales un peu usées par les voyages. »

Le campement des circassiens. Photo S. Perault

Le campement des circassiens. Photo S. Perault

Ainsi les scènes où Footit et Chocolat sont dans une roulotte ne sont en rien un décor mais une prouesse technique où l’exiguïté est contournée grâce à des   pris que l’on retrouve aussi dans la volonté de tourner dans la capitale alors qu’aujourd’hui de nombreuses productions choisissent de s’expatrier pour baisser  les coûts. Pour y parvenir il a fallu reconstituer la façade du Nouveau Cirque qui n’existe plus puisque le seul cirque en dur encore debout est le cirque d’hiver Bouglione.

le projet de décor

le projet de décor Photo J.Duchier

Pendant ces préparatifs Pascaline Chavanne (AFCCA ) , créatrice des costumes, et l’équipe costumesCatherine Boisgontier       ( AFCCA) Ursula Paredes Choto, (AFCCA), Justine Vivien, Patrick Lebreton préparent  les costumes et les accessoires qui vont aussi en tant qu’écriture scénique emmener le spectateur dans l’histoire et faire émerger le personnage.

...et son résultat au tournage

…et son résultat au tournage

 

Dans la deuxième partie : les costumes, des premiers rôles aux figurants.

Sylvie Perault

 

 

 

 

Pour citer cet article   Sylvie Perault/ la création de costumes dans le film Chocolat de R.Zem/ P.1/2016/ www.cerpcos.com

[1] Message de G. Noiriel du 29 décembre 2015

[2] Une plaque a été posée au mois de janvier dernier par la maire de Paris Anne Hidalgo, en hommage au duo Footit- Chocolat.

[3] Voir l’ouvrage d’Emmanuel Ethis Le cinéma près de la vie, Démopolis 2015.

[4] Consulter l’article du magazine Jeune Afrique  jeuneafrique.com/,‎

[5] Interview de J. dans Paris fait son cinéma.

AFCCA  http://www.afcca.fr , ASSOCIATION Française des COSTUMIERS du CINEMA et de l’AUDIOVISUEL.

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