PLUMASSIER

Qu’est-ce que c’est ?
Les plumassiers préparent et fabriquent des ornements en plumes. Ils utilisent des plumes d’oiseaux d’élevage, autruche, nandou, faisan, aigrette... La maison Février (Paris) est reconnue depuis les années folles comme étant LE plumassier du spectacle, bien qu’aujourd’hui la concurrence soit quasi inexistante : 3 entreprises en tout ont été repérées. Cependant parfois la plume est une activité annexe car pendant longtemps la plume et les fleurs en tissu étaient une activité effectuée de concert chez l’artisan. La maison Lemarié, troisième entreprise connue, a acquis ses lettres de noblesse dans la mode et fournit tous les grands couturiers parisiens.

Cet atelier travaille en étroite collaboration avec le carcassier.
La quasi totalité des commandes vient du spectacle, en particulier du music hall. Le cinéma et la publicité font aussi appel à eux (par exemple la publicité de Chanel avec V. Paradis). Ils peuvent avoir des commandes qui passent de l’infiniment grand (ailes de 4 à 5 m d’envergure pour le cinéma) à l’infiniment petit.

C’est un des métiers où il existe le plus de secrets de fabrication en raison d’une rude concurrence issue des XVIIIème et XIXème siècles. Malgré que les étapes de transformations soient extrêmement rigoureuses et les mêmes pour tous les plumassiers. Il y a ensuite un savoir faire et une maîtrise de la matière qui favorisent l’existence de ces secrets.

Qui fait quoi ?
Dans l’atelier visité des espaces de travail distincts existent : l’espace ou atelier de préparation, l’atelier de monture, l’atelier qui fabrique les boas et les « têtes frisées ».
Etapes de fabrication
. Les plumes qui arrivent brutes et non traitées sont plongées dans un bain d’eau savonneuse afin d’ôter la pellicule graisseuse qui sert de protection.
. Elles sont ensuite traitées afin de ne pas subir d’attaque de bactéries qui les détérioreraient et de rester en l’état.

. En fonction des ordres du plumassier, le teinturier passe à l’action. Il attache les plumes en bouquet afin de les tremper dans un bain de couleur.
. Une fois séchée les plumes sont envoyées chez le plumassier. Celui ci va d’abord procéder au délignage : il s’agit de défaire le bouquet de plumes puis les trier en fonction de leur aspect et de leur qualité. C’est ensuite que leur véritable destination va se décider. Les plus belles vont servir à l’élaboration d’ornement pour les costumes, les moins épanouies seront tissées pour fabriquer des boas ou serviront à fabriquer des pièces de petite ampleur.

. Avant d’être montées, les plumes passent à la vapeur afin qu’elles retrouvent leur souplesse et leur volume: la plume est « frimatée ».
. Il faut développer la plume est développée avant d’être travaillée, c’est à dire, qu’elle est mise sur queue : un petit morceau laiton mis au bout de la plume afin de pouvoir la travailler et la faire tenir. Elle sera faite en fonction de la grosseur de la plume.
. Travail de la plume avec le couteau à parer et / ou le couteau à friser puis montage.
Témoignages Procédure pour un spectacle, l’exemple de la revue.
« Le maquettiste amène ses dessins. A partir de là, on va décider des plumes. On choisit les matières, la couleur ensemble et je lui fais un modèle.
Par contre, j’ai eu une cliente qui m’a laissé carte blanche en me disant -j’ai 22 costumes à faire pour un style Rio, mais à ma libre interprétation. C’est vraiment intéressant. Le premier est toujours un peu dur à démarrer ; puis arrivés au vingt deuxième, on pourrait en faire encore autant.

Nous travaillons aussi pour Holiday On Ice, un peu pour le Japon. C’est un métier extraordinaire et très vivant. Ce qui est merveilleux, c’est lorsqu’on vous apporte une maquette. Tout de suite on se dit - tiens, on mettra ça, oh !et puis si on mettait ça - ; alors suite on ne peut pas s’empêcher d’imaginer. Ce n’est pas trop dur de voir les costumes terminés partir, surtout lorsqu’on s’est beaucoup investi dedans... Ils partent au fur et à mesure, jamais d’un seul coup ; parce que ça va une fois chez le bottier, une fois chez la modiste, une fois chez le costumier. Nous sommes mal placés parce que nous fournissons des plumes pour pratiquement tous ces gens là.
Il faut donc que j’ai terminé ma revue avant tout le monde. Il faut toujours que j’ai les deux modèles en même temps à livrer à deux costumiers. Pour nous, c’est une charge de travail beaucoup plus dure. On ne peut pas attendre la dernière minute. Si bien que lorsque les costumes partent on est tellement sur la brèche qu’on n’a pas de regrets.

Madame Nicole, maison Février.
Les origines
LA CORPORATION DES PLUMASSIERS.
L’histoire des plumassiers et des chapeliers est liée. Au treizième siècle, les seigneurs portaient des chapeaux ornés de plumes de paon. La mode est si importante que naît une corporation : les chapeliers de paon. Ils déposent leurs statuts au prévôt de Paris aux alentours de 1268.

C’est cette corporation qui va devenir plus tard la corporation des plumassiers.
On retrouve les écrits de leurs statuts en 1577 ainsi que des renouvellements et ajouts en 1599 et en 1699. Ils sont appelés « maîtres plumassiers- panachiers - bouquetiers et enjoliveurs ». On y trouve la déclaration suivante faite par le Roi Louis XIV :
« Les maîtres plumassiers ont captivé la bienveillance des coeurs des plus grands de la terre par le travail de leurs mains. Ils ont découvert l’éminence des ajustemens de testes, les carrousels ne peuvent esclater sans l’application de leurs ornemenens et on trouveroit de la tristesse dans les pompes les plus magnifiques si les diversités de leurs préparatifs n’y estoient agréablement meslés. ». Art de l’habillement. P.48.