JL. Barrault « Exprimer le personnage au théâtre »

Avr 3, 2012 by

Lors de la parution du livre de G.Baisse et de J.Robin  » Maquillages et perruques au théâtre » ( édition de la Librairie théâtrale, 1954.) Jean Louis Barrault accepta d’en rédiger la préface. Il donne ici son point de vue sur l’importance du maquillage et du costume pour les rôles quels qu’ils soient. Aussi choisit -il volontairement de donner l’exemple de silhouettes qu’il eut à faire dans des mises en scène de Dullin afin de démontrer que la question du personnage se pose quel que soit l’importance du rôle. Quand au théâtre on a réussi à exprimer un personnage, il reste à l’habiller et à lui donner un visage. Si par malheur ce costume et ce visage ne correspondent pas exactement à la nature du rôle, celui-ci se désagrège et disparaît, et l’effort de deux mois de travail accompli à force de concentration et d’imagination, s’avère inutile. C’est assez dire l’importance qu’ont au théâtre, l’art du costume et l’art du maquillage.
C’est grâce à ceux –ci que l’on pourra donner au personnage, ainsi créé, la physionomie qui lui est propre […] Au théâtre, l’habit fait le moine ; fréquentes sont les métamorphoses qui s’imposent aux acteurs, au moment même où ils endossent leur costume et collent une barbe à leur menton. Pendant des jours, ils ont cherché en vain leur personnage et ne l’ont pas trouvé, et soudain, sous leur costume et le picotement de la barbe, il leur apparait. Il est donc recommandé aux jeunes acteurs de travailler dès le début à l’art de se maquille r. Pour cela il faut apprendre la structure et la musculature générales du visage ; ensuite par rapport à celle-ci connaître les siennes propres, ce qui permettra de diminuer ou d’accentuer les effets du maquillage en connaissance de cause. Il faut s’exercer enfin à se composer des « têtes ». Pour mon humble part, je suis reconnaissant à mon maître Charles Dullin de m’avoir donné, dès le début, à interpréter les rôles les plus hétéroclites et pour lesquels je devais chercher à me transformer le visage. Je me revois encore faisant une silhouette de nourrice dans le Volupté de l’Honneur de Pirandello ; je ne faisais que traverser la scène, au lointain avec un chiffon dans les bras et deux serviettes sur la poitrine pour les seins, et tous les soirs j’arrivais de bonne heure au théâtre pour me faire une tête différente que j’allais présenter à Dullin, avant de traverser la scène. Je me rappelle ses voilettes les plus invraisemblables que je me dessinais sur la peau ; et encore cette silhouette de lutteur dans Comme il vous plaira, où je m’amusais à me casser le nez en dessinant sur moi-même un savant trompe l’œil. ue de cicatrices ne me suis-je amusé à me faire sur la figure avec du sang de bœuf et du collodion. Eh ! bien, ce qui pouvait paraître pour un amusement d’enfant avait des résonnances plus profondes, puisque le fait de dessiner sur soi un autre visage provoquait en soi des modifications de personnalité. […]

J.L Barrault. 1954.

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