Charlotte David : les costumes pour le film Populaire

Mar 13, 2013 by

Charlotte David appartient aux nommés des César 2013, catégorie créateur de costumes. Une des catégories où on ne fait pas la distinction par le genre ( féminin ou masculin). La façon de proposer et de construire le personnage via le  costume reste une culture propre à chacun des créateurs. Il est donc essentiel d’avoir leur point de vue. Même si elle travaille sur d’autres périodes, Charlotte est considérée comme « experte » dans les années 1960  après les deux OSS 117 et Populaire, elle  nous explique sa façon de voir les choses et de travailler.

Sylvie Perault : Il semble que les films sur lesquels vous avez travaillé dont Populaire correspondent à  une attente, une nostalgie en lien direct avec les années 1960. « La folie » années 60 a été mise en place, il me semble, par le succès de la série Mad Men où on retrouve des silhouettes magnifiées, en particulier celles des femmes qui nous éloignent tout à coup de l’androgynie ambiante…

Actrices de Mad Men

Charlotte David: Cette série a en effet fait beaucoup parlé d’elle, c’est sans doute du a sa large diffusion télévisuelle, mais surtout a sa grande qualité esthétique, les décors , les costumes et en particulier les coiffures sont d’une qualité et d’une exigence particulière, assez exceptionnelle. Cette vision sublimée de la fin des années 1950/début 1960 et cette mise en valeur d’attitude et d’un mode de vie d’époque, allié à des personnages glamour et un scénario attachant a réussi à faire rêver le public. C’est une réussite. C’est une période que j’aime beaucoup, j’ai toujours été sensible à son esthétique et à son style, à la nouveauté de ses lignes, à ses ambitions, ses changements, ses émancipations. La clarté et la simplicité de ses lignes. Dans les deux OSS 117, nous étions au cœur de cette époque de 1958 pour le premier à 1967 pour le second, quant à la mode elle s’est toujours emparée du passé : elle  le retravaille et le restitue de façon différente.  Par exemple dans les années 70, Saint Laurent s’inspirait des années 40, je pense que cela a toujours été le cas. Les exemples sont nombreux.

Sylvie Perault : Ce qui est étonnant, c’est que les références du cinéma sont de plus en plus proches de nous et ont l’air de stimuler un passage dans la vie quotidienne, je pense au grand retour des sous-vêtements gainants même s’ils sont beaucoup plus beau et moins contraignants que dans les années 60.

Charlotte David : On peut surtout se demander pourquoi les gens découvrent à un moment donné cette mode 50/60 qui existe depuis toujours et la plébiscite.Ces films ou séries ont sans doute remis en lumière la femme glamour, sexy, au corps sculpté par ses sous vêtements. Cela va dans le même sens que la mode du Strip–tease façon Dita Von Teese, de la pin-up hyper apprêtée, le contraire de la femme « naturelle » actuelle. La femme contrainte et au corps transformé par la gaine, le soutien-gorge, les souliers pointus, la coiffure et le maquillage apprêtés, une femme idéale et artificielle. On l’adore, mais a-t-on envie d’y ressembler ?

B. Béjo dans OSS 117

Sylvie Perault : Peut-être est-ce cette sublimation de la silhouette féminine ? Nous étions arrivés au comble de l’androgynie pantalon taille basse, toutes ces choses-là…Les tailles qui s’effacent.

Charlotte David : Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je ne suis pas sure que les corps changent, je crois que les gens grandissent, ça c’est avéré, mais surtout que les jeunes gens ne savent plus ou se trouvent leur taille, leur hanches. La mode du pantalon taille basse pour les filles et baggy pour les garçons a certainement contribué à cette ignorance actuelle de la morphologie.Chaque époque et sa mode met en valeur un corps différent avec ou sans artifice, taille fine, décolleté généreux (aidé par les gaines et soutien- gorges assez pointus) dans les années 1950/1960. En 1970 silhouette androgyne, plus d’artifice (soutien gorge plus souple ou pas de soutien gorge du tout, plus de gaine), moins de contrainte (plus de porte jarretelles, plus de combinaison), et moins de rondeur. Aujourd’hui l’extrême minceur est en valeur.

Le film Populaire et le souci du détail

Charlotte David :

Pour Populaire, Régis aimait bien la référence de Mad Men, mais nous aimions aussi des films français entre autre « le ballon rouge » d’Albert Lamorisse, mais aussi Funny Face  de Stanley Donen avec Audrey Hepburn et les films de Douglas Sirk …Les américains ont sûrement accès à des stocks de costumes très importants, et une conception différente du travail des costumes. Je suis allée à Los Angeles il y a quelques années, pour un film moderne, j’avais une alter ego américaine qui habillait tous les figurants même pour un film moderne,  j’ai visité le stock costumes contemporain d’un studio, ça donne le vertige à une costumière française, ça n’est pas la même échelle. Il ont peut-être aussi des budgets plus importants, peut-être une plus grande exigence : pour Mad men par exemple, c’est le top au niveau de la coiffure, tout est hyper soigné ; je me bats toujours pour cela, pour que le costume soit pensé jusqu’au dernier détail. Essayer de ne rien laisser au hasard, de la coiffure aux chaussures.

Cette exigence dont je parle vaut aussi bien pour les acteurs que pour les figurants, ce type de démarche correspond aussi à des moyens et on a eu la chance d’avoir une production qui nous les a donnés. Le réalisateur avait une grande ambition esthétique, une vraie volonté d’être fidèle à l’époque. En plus, il aime vraiment cette période. La production a compris la nécessité de faire des essayages costumes et coiffures. Les figurants une fois habillés et coiffés étaient pris en photo, et le jour du tournage, les coiffeurs qui n’étaient pas forcément les concepteurs n’avaient plus qu’à refaire à l’identique en suivant la photo. Ils n’avaient pas à improviser à toute vitesse quelque chose qui n’aurait pas été contrôlé. (C’est aussi un gain de temps le jour du tournage, et une économie de personnel aussi.) Je pense que ce souci du détail se voit dans le film, en tout cas je crois que les spectateurs y ont été sensibles. Il est parfois nécessaire de se montrer très convaincante pour que certaines productions acceptent ou comprennent cette vision du travail de costume. Ce qui fait très plaisir, c‘est que le public fait la différence et est sensible à une cohérence ou à une recherche esthétique.

D.François

 

Sylvie Perault : Comment fait-on lorsqu’ il y a une distribution est aussi fournie en second rôle et en figuration ?

Charlotte David : La créatrice de costume est responsable de l’ensemble des costumes d’un film, mais bien évidemment c’est le travail d’une équipe entière, je m’occupais plus particulièrement des rôles avec une assistante, et ma sœur Anne David avait la charge de toute la figuration avec toute une équipe de costumières et costumiers. Sans oublier un atelier de fabrication, constitué de couturières et de tailleurs qui ont fabriqué tous les costumes des rôles principaux .Elles ont une formation spéciale de coupe et de réalisations des costumes d’époques et ont pour certaines fait l’ENSATT. Il s’agit pour ne citer que les chefs d’atelier, de Nathalie Paillon pour les femmes et de Pui Laï pour les hommes.

Sylvie Perault : Comment avez-vous fait alors concrètement pour obtenir autant de costumes ?

Charlotte David : Pour les figurants et les seconds rôles,  parfois pour les acteurs principaux on va chez les fripiers, aux puces ou dans des magasins et on trouve encore de très belles choses. Le principal du stock est loué, il y a de très beaux stocks de ces époques-là Chez Euroscostume par exemple Pascal Bourtequois, achète beaucoup et cela nous permet d’avoir toujours de nouveaux éléments. Nous avons la chance à Paris, d’avoir de nombreux loueurs de costumes dont les stocks se complètent, Costumes et Costumes, Les Mauvais Garçons, Le Vestiaire, Aram, La Compagnie du Costume. Ils restent dans l’ombre, mais sans eux et ce qu’ils ont chiné et conservé pendant des décennies, nous ne pourrions pas travailler.

Trouver les bons matériaux, construire le personnage

En ce qui me concerne, je cherche avec les comédiens les formes ou les lignes qui les mettent le plus en valeur ou qui conviennent le mieux au personnages, en essayant des vêtements existants puis à partir de ces éléments , je fais des propositions au metteur en scène de formes et de modèles, après il s’agit de trouver les tissus et de prendre les bonnes décisions .Pour Populaire , nous avions la chance d’avoir un atelier , donc la 2° étape , ce sont les toiles , leurs essayages, et la mise au point des modèles choisis. Nous avons quelques adresses ou l’on peut encore trouver des tissus d’époque ou très proches des tissus d’époques. Après avoir fait le dépouillement et décidé du nombre de tenues pour chacun des rôles, on lance les fabrications ou les recherches des vêtements, chaussures ou accessoires nécessaires. Il faut parfois faire fabriquer aussi les chaussures et les chapeaux etc. Il faut chiner les bijoux, les lunettes, les montres, aussi aux puces ou sur internet.

Première projection

La première fois que j’ai vu le film j’ai d’abord vu tous les défauts. C’est au bout de la troisième fois que j’ai fini par être contente sans être obsédée par tous les détails. Très souvent  nous sommes là pour les premiers jours de tournage des rôles principaux ou pour les premières semaines de tournage et sommes relayées par les chefs costumières ou costumières qui suivent tout le tournage. Pour Populaire, c’était l’idéal, il y a eu trois mois de préparation et j’ai pu être présente pendant les trois mois de tournage.

© CERPCOS.

Pour citer cet article Rencontre avec Charlotte David/ Sylvie Perault/Cerpcos- mars  2013. www.cerpcos.com

Related Posts

Tags

Share This

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *