Agnès Béziers et « Rémi sans famille »

Déc 16, 2018 by

Il y a quelques mois, nous avons eu la chance de rencontrer la créatrice de costumes Agnès Béziers en compagnie de sa chef costumière Michèle Pezin afin de parler du film Rémi sans famille qui est à l’affiche depuis mercredi dernier. Une émouvante adaptation du livre d’Hector Malot qui revisite une histoire surtout connue des adultes.Agnès Béziers Un beau conte comme nous les aimons qui a le mérite  de faire d’autres propositions par rapport à celles de la souris aux grandes oreilles. Quel plaisir de retrouver des personnages avec une réelle présence, qui nous emmène dans une belle histoire digne d’un conte de Noël. Surtout lorsque le narrateur n’est autre que Jacques Perrin. Un vif remerciement pour le moment exquis que nous avons partagé où il est question de création, d’écoute, d’échanges, de chasse au trésor pour un résultat final et collectif enchanteur.

Penser un scénario

«  A partir du moment où tu commences à aller dans le texte, le costume apparaît lorsque c’est le moment. Chacun se raconte l’histoire puis  nous le partageons. Une fois que nous sommes tous d’accord cela se déroule très bien même si on continue à construire au fur et à mesure et qu’il y a de nouvelles choses qui apparaissent. C’est une ouverture, c’est accepter d’avoir travaillé dans un sens et qu’on pourrait peut-être essayer un autre chemin. Peut-être que ce sera bien ou pas mais d’un point de vue pragmatique, c’est important qu’on prenne ce temps. Sur un film historique c’est important. C’est le nerf de la guerre. Dans ce film, il y avait une grammaire qui était présente au niveau esthétique, au niveau des costumes…Ce qui m’a renvoyée à mes premiers apprentissages qui étaient dans la mode. J’installe une grammaire avec des lignes et une tendance : cela servira de fil conducteur.

Des maquettes à l’essayage

essayage de Mme Harper

essayage de Mme Harper

 

 Madame Harper

« Madame Harper » Virginie               Ledoyen

« Les maquettes ont été importantes parce que dès qu’elles ont été disponibles, cela a permis de faciliter le travail de chacun. A partir de ce moment là, comme tout le monde visualise nous tous ensemble dans l’aventure. Sur Rémi tous les comédiens ont été à la rencontre de leur rôle parce que tous avaient très envie de ce film. Dans l’accueil au moment de l’essayage,  c’est déjà prendre un temps partagé. Parce qu’il y a ce que tu amènes et ce qu’amènent les

Rémi en saltimbanque

Rémi en saltimbanque

comédiens ; eux aussi ont leur idée sur le rôle, ils ont tous des choses en tête. Cela peut arriver qu’ils te proposent quelque chose d’épatant à laquelle je n’avais forcement pensé. Avec eux nous essayons de faire toute la trajectoire pour partager l’écriture du scénario. Il faut toujours se demander ce que nous traversons parce que les comédiens ne sont pas toujours au courant de ce qui se trame, du travail que nous faisons, de la déco, de la direction prise. »

Michèle Pezin, chef costumière précise «  Je pense qu’en fonction de ce que nous préparons pour les essayage, il se passe quelque chose. Ils nous l’ont dit, ils ont continué à chercher et à construire. A partir du moment où nous amenons les costumes pour une construction, les comédiens s’en emparent, l’utilisent pour leur rôle. Ils nous disent   là, ça y est, je me l’approprie, je suis d’accord avec  et ça va devenir eux, une partie de leur identité. Un des comédiens était sur ce projet depuis deux ans donc il habitait déjà son rôle parce qu’il avait eu le temps d’y penser, de le malaxer »

Agnès Béziers «  Je n’ai pas eu deux ans (rire) mais mon travail est complémentaire et j’adore lorsqu’un  comédien me fait des propositions, même si on n’a pas vu les choses de la même façon. Pourquoi pas ?! Il faut laisser le temps de mûrir les choses, y aller par étapes tout en étant légers et en croisant le texte avec ce que nous imaginons… Il faut que les choses s’installent… J’ai l’habitude de demander certaines choses aux comédiens ; par exemple, «  Comment ton personnage mettrait-il son foulard ? » Et quand tu vois qu’il le met comme tu l’aurais fais, c’est que c’est bon : tout est là.  Parfois, il peut y avoir des propositions déroutantes, dans ce cas il faut argumenter, partager les idées… Après tout pourquoi pas. L’essayage est un jeu. Un moment d’essayage est un moment de comédie. C’est vraiment un moment où nous jouons où les comédiens commencent à jouer et toi tu es là pour soutenir tout cela. Nous les voyons se transformer visuellement : le visage, la posture, la démarche… C’est ex-tra-or- di-nai-re ! Même une comédienne ou un comédien qui arrivent épuisés pour une raison inconnue, on lui fait enfiler le costume adéquat et là il se relève le torse, il se pose en vainqueur. Il y a d’autres cas comme par exemple Jonathan Zaccaï qui joue Barberin avec sa

Jonathan Zaccaï " Barberin"

Jonathan Zaccaï  » Barberin »

jambe boiteuse. Son travail a été exceptionnel, j’ai envoyé une mini vidéo à Antoine ( Blossier le réalisateur) pour lui dire  » ça y est ! Barberin est là ! »Sur Sans famille nous n’avons eu que de beaux essayages mais celui là a été extraordinaire…Pour les essayages,je demande aux comédiennes et aux comédiens de bouger, de se détendre de vivre quoi ! Nous prenons des photos et nous ne filmons que si nous avons besoin de voir quelque chose en particulier, une demande précise du réalisateur.  C’est une façon de lui dire ce que nous avons trouvé et de lui montrer que ce qu’il a écrit fonctionne. Daniel Auteuil était très touché par les maquettes. Le premier essayage avec lui devait être une prise de mesures /essayage pour les

 Daniel Auteuil "Signor Vitalis"

Daniel Auteuil
                 « Signor Vitalis »

 Daniel Auteuil et Malaume Paquin Vitalis et Rémy

Daniel Auteuil et Malaume Paquin
                          » Vitalis et Rémy »

 

toiles (patron en toile de coton neutre) et il est resté sans voix.  A un moment il a lancé  » ça va ! elle se débrouille bien la petite ! »( rires). Son regard critique était intéressant parce qu’il  ne dit pas les choses immédiatement. Donc au bout d’un quart d’heure il revient et il te parle  » tu ne crois pas que… » et c’était tout à fait juste.

Essais de teinture pour la veste de Vitalis

Essais de teinture pour la veste de Vitalis

Maquette du Signor Vitalis

Maquette du Signor Vitalis

J’ai décidé, pour les femmes que chacune serait caractérisée par une fleur et une saison. C’était la ligne pour caractériser les femmes de la vie de Rémi. Madame Barberin, Lise et la mère de Lise, Madame Harper. Chacune a sa fleur et et il y a eu un beau travail de la part d’une horticultrice afin que la rose revienne qu’elle soit là. Lise porte la rose dès la première fois où Rémi et nous la rencontrons. Elle les porte dans ses cheveux . C’est fait avec une technique turque ancienne. C’est très précieux parce que cela disparaît.  Toute l’équipa a eu sa fleur par l’artisane d’ailleurs. Cependant tout est toujours revisité car faire du costume pour le cinéma ce n’est pas de la reconstitution , cela n’a aucun intérêt. En fait, c’est du costume qui s’inscrit dans l’ADN du scénario. J’ai pu  » m’engouffrer  » par ce qu’Antoine m’en a laissé la latitude bien qu’il soit très précis dans l’allure des personnages. Ce sont presque des archétypes que le spectateur doit immédiatement reconnaître. Mais après je peux aussi l’emmener ailleurs afin d’éblouir son œil. Et                      lorsqu’il y a une alchimie, c’est formidable parce que cela nourri. « 

Il sign or Vitalis

Il signor Vitalis

« Bien qu’il ne s’agisse pas de reconstitution, il y a les lignes que l’on respecte. J’ai recherché les gammes de couleur de la fin du XIXe siècle. J’ai fait des recherches au palais Galliera où j’ai pu accéder aux réserves. J’ai consulté des revues qui correspondaient aux années 1890 et dans l’un d’entre eux il y avait encore des échantillons de tissu que

j’ai pu photographier. J’étais très émue car c’était très beau et qu’il faut qu’il y ait un accord entre  la couleur et la matière. Pour trouver un équivalent tissu avec ce que nous avons aujourd’hui c’est souvent difficile car en principe, il n’existe plus depuis longtemps. Donc tu sources, tu cherches, tu en parles. Un jour la chef d’atelier me ramène un coupon en me disant  » Tiens j’avais ça chez moi, je pense que ça correspond à ce que tu cherches ! » Le crêpe de laine qu’elle m’ a apporté était exactement ce que je cherchais ! Ensuite cela a été rebrodé par Bribri. Tout cela on le fait pas seule, nous sommes entourées de passionnés , de talents. En tout cas je suis très exigeante sur les matières parce que chaque film a ses matières , sa gamme, ses couleurs. On ne fait jamais la même chose même si on peut y retrouver notre trace. Chaque fois est une page blanche avec une histrecherches fleurs deco Lise Lecture du Soiroire que je revisite.

 Rémi et Lise

Malaume Paquin et Albane Masson                                                      « Rémi et Lise »

 

Agnès Béziers et Michèle Pezin sont à l’AFCCA association française des costumiers du cinéma et de l’audiovisuel.

Un article de Sylvie Perault

Nos remerciements à la production pour les différents documents. L’usage des photographies et des maquettes sont soumises à condition.

Pour citer cet article :  S.Perault http://www.cerpcos.com/agnes-beziers-et-remi-sans-famille/2018/12/

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